Tabous

Dans ces tribus du Haut Atlas, ce sont les femmes qui choisissent leur mari

Qui n’a pas entendu parler du célèbre Moussem d’Imilchil, ce festival annuel qui rassemble trois jours durant les célibataires en quête de leur moitié.

Dans une région particulièrement enclavée, où les rencontres ne sont pas favorisées de ce fait, le Moussem d’Imilchil est un moyen efficace de faire des rencontres, de se fréquenter au moins pendant trois jours avant de décider de sauter le pas. Fait rare au Maroc, où le patriarcat prédomine de Tanger à Lagouira, ce sont les femmes qui choisissent l’homme qui partagera leur vie à Imilchil.

 

De Vérone à Imilchil, les amours tristes célébrées

Cette tradition séculaire a des origines pour le moins romantiques et se nourrit d’une légende marocaine, belle et passionnelle. Si Vérone est connue à travers le monde pour les amours torturées de Romeo et Juliette, Imilchil est tout aussi célèbre pour celles de Tislit et Isli, noms amazigh qui signifient la mariée et le mari.

A l’instar de leurs doubles italiens, deux jeunes gens s’aiment et souffrent d’appartenir à deux tribus en conflit, les Aït Ibrahim et les Aït Yaaza, deux fractions de la tribu des Aït Hadiddou.

Leurs familles leur ayant interdit de se marier, les deux âmes en peine s’enfuirent vers la montagne d’Isslan pour vivre librement leur amour. Une fois arrivés sur les hauteurs de ce mont, ils pleurèrent des journées entières sur leur sort, leurs tristes amours et la douleur d’être séparés de leurs familles.

A lire aussi : Umoja : le village des épousés révoltées

De l’abondance de leurs larmes se formèrent deux lacs, Isli et Tislit. Ne pouvant plus rentrer chez eux pour avoir commis l’erreur de s’aimer, ils préférèrent se noyer, chacun dans un lac, plutôt que de vivre séparés. La légende veut que chaque nuit, les deux amants sortent de l’eau pour se retrouver…

Pour expier leur faute et tenter de se racheter une conscience, leurs tribus décidèrent depuis d’organiser une fois par an, un moussem qui permettrait aux jeunes gens de la région de se rencontrer et de se choisir, sans subir de pression.

 

Un péché original expié dans le mariage

Aujourd’hui, les Aït Yaaza et Aït Ibrahim, naguère ennemies jurées, se lient chaque année par les liens des mariages célébrés entre les membres de leurs tribus. Moment fort ce cette célébration, les noces collectives organisées en grandes pompes.

Une fois les couples formés, dix émissaires représentés par cinq femmes et cinq hommes, nommés « imsnayen » sont en envoyés chez la famille de la future épouse. On lui offre alors en guise de dote des moutons, des habits et pour nourriture symbolique, un pain d’un mètre de diamètre, nommé Abadir, préparé par les hommes, comme le veut la coutume, et qui peut nourrir jusqu’à 40 personnes. En partageant ce pain, on scelle l’amitié entre les familles des deux futurs mariés.

A lire aussi : Les fêtes de divorce : une coutume féminine célébrée dans le sud marocain

Du côté de la famille de la mariée, on offre à son tour aux convives des mets à base de dattes, de beurre, de miel et de lait. Une fois les présentations faites, cette cérémonie fait place au cérémonial du henné.

La mariée tatouée, les femmes entonnent des chants, sur fonds de youyous et rejoignent alors les hommes en une danse appelée « ahidouss ».

On habille ensuite la mariée de blanc en lui recouvrant la tête d’un foulard, sebnia, rouge et jaune et en la parant de bijoux. Pour bénir son union, son père jette à ses pieds son burnouss… il est temps alors pour elle de prendre le chemin de sa nouvelle maison, accompagnée par les chants des femmes et escortée par les hommes de sa tribu.

Ce chemin à parcourir est hautement symbolique. En tête de cortège, un mouton pour symboliser la richesse, et pour fermer la marche, un jeune garçon monté sur un cheval pour incarner la fertilité.

A lire aussi : Le désenclavement, au service de l’émancipation de la femme rurale

De son côté, le marié tout de blanc vêtu s’apprête à passer un sale quart d’heure. En effet, pour tester sa force et sa capacité à protéger son épouse, il se fait malmener et brutaliser par les hommes de la tribu de sa femme. Une fois testée sa résistance et son amour pour elle, les hommes permettent à leur protégée de rentrer dans son nouveau chez elle, auprès de cet époux qui a su convaincre les tribus qu’il méritait d’épouser cette femme.

Dans une société gangrénée par les ingérences des familles dans les unions et par le poids des qu’en dira-t-on, le moussem d’Imilchil fait office de sas de décompression et permet en outre de faire table rase de toutes les valeurs et traditions qui rythment le quotidien. Pendant trois jours, on revient à une culture berbère matriarcale où les femmes décident et on encourage le flirt aux yeux de tous, faisant fi des tabous et des interdits.

 

Partager sur :

1 comment

Laisser un commentaire

error: Content is protected !!