Art et Culture

Légende : Kharboucha, la chikha qui faisait trembler les puissants

Kharboucha, Hada El Ghiatia de son vrai nom, est née au XIXème siècle, dans la région de Safi. Issue de la tribu des Ouled Zayd, qualifiés d’irréductibles, elle connu un destin tragique, à l’instar des membres de son clan.

Elle est de celle qui ont marqué à jamais l’histoire du Maroc, de sa musique et de sa culture. Certains la disent laide, elle qui doit son surnom de Kharboucha, l’égratignée, aux traces laissées sur sa peau par la variole.

Sa légende prend naissance dans le sang, celui de sa tribu dont presque tous les membres, y compris la famille de Kharboucha meurent assassinés en 1895 par Aïssa Tamri Ben Omar, caïd d’une tribu voisine, proche du makhzen et des colonisateurs français, et ses hommes.

Elle est l’une des rares survivantes de cette tuerie qui loin de l’anéantir vont faire naître en elle un désir de vengeance irrépressible.  Toutefois, elle ne choisit pas de prendre les armes pour se faire justice…

La vengeance sur un air de Aïta

Bien que démunie, Hada a plusieurs cordes à son arc :sa voix, son bien le plus précieux, portée par un autre talent, celui du «zajal», la poésie populaire qu’elle incarne à la perfection.

Elle choisit ainsi de chanter dans les moussems, les fêtes, les souks, devant le peuple pour faire passer ses messages. Et quelle plus belle arme que la Aïta, cet art populaire qui incarne à la fois la douleur et l’engagement, la profondeur des sentiments, un appel immuable à compatir dans la joie et la douleur et surtout, à communier autour d’une cause.

Dans ses chansons, la cheikha adulée de tous qu’elle devient laisse libre cours à sa haine pour Aïssa Ben Omar en proférant des insultes à son encontre et en le ridiculisant… tout en poésie

“Sir ya Aïssa ya ben Omar, ya wakel ejjifa, ya qettal khoutou ya mhellel lehram”, l’interpelle-t-elle, vengeresse.

Les chansons écrites au vitriol de Kharboucha parviennent jusqu’au caïd qui lance ses hommes à sa poursuite et la séquestre dans son ksar. La légende veut que  Aïssa Ben Omar lui aurait demandé de chanter pour lui et que Kharboucha, dans un dernier élan de courage, aurait alors interprété la plus véhémente de ses chansons.

Fou de rage, il la fit alors torturer avant de l’emmurer vivante dans sa maison. Les ruines de la bâtisse, baptisée Dar Si Aissa, se situent à une vingtaine de kilomètres de Safi. Le mythe de Kharboucha est quant à lui demeuré intact et aujourd’hui encore, elle demeure l’une des figures majeures de l’art des chikhates, ces femmes artistes émancipées et libres.

 

 

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