Les Pionnières

Mounira Bouzid El Alami, la milliardaire tangéroise qui sauve les enfants de la rue

Tous les jours, Mounira Bouzid El Alami sillonne les rues de Tanger à bord de son 4×4. Elle pourrait couler des jours tranquilles dans sa maison sur les hauteurs de la ville du détroit mais au lieu de cela, elle a dédié sa vie aux enfants abandonnés. « Il n’est pas dans mon éducation de faire les boutiques de luxe » annonce-t-elle.

Les premiers pas d’une militante dans l’âme

Née en 1944 à Marrakech, elle grandit à la campagne, dans le petit village de Tamlelt, dans une famille de 12 enfants dont une partie a été adoptée par ses parents. Son père, adjoint de santé, est à l’origine de ce beau projet familial et l’éducation de ses enfants est à ce point sacrée qu’il y consacre tout son argent. Sa mère ne sachant ni lire ni écrire, c’est une institutrice qui se déplace au domicile familial pour y faire classe.

 

La famille déménage ensuite à Rabat, où le père de famille a été nommé à un poste au ministère de la santé, et Mounira y poursuit alors ses études au Lycée Lalla Aïcha. Elle passe ensuite son bac et s’envole pour la France en 1963, pour y poursuivre des études en psychologie et sociologie à l’école normale supérieure de Paris. Elle intègre ensuite la Sorbonne et un groupe de recherche puis se spécialise en psychanalyse à l’école de Françoise Dolto.

 

L’appel du pays se fait ressentir et en 1974, elle retourne à Rabat, avec sa fille, Yto Barrada, devenue aujourd’hui une artiste connue à l’échelle internationale.

Mounira travaille d’abord en tant que directrice d’un centre pour oligophrènes profonds qu’elle quitte en raison de profonds désaccords avec la nouvelle direction.

En 1977, elle rencontre son deuxième mari un riche industriel casablancais et tous deux s’installent à Tanger. Elle ouvre dans la ville du détroit un cabinet de psychothérapie mais elle n’y trouve pas son bonheur. “Je n’étais pas satisfaite de ma situation car je n’étais au service que de l’élite, alors j’ai décidé de fermer mon cabinet et de m’engager auprès des enfants en situation difficile, qui ont vraiment besoin d’un accompagnement et d’un soutien, à même de devenir de bons citoyens qui servent leur patrie”, racontait-elle à la MAP. Le militantisme, Mounira l’a dans le sang, elle qui milite depuis ses 17 ans pour un Maroc des droits. “Mon combat veut restituer aux gens leur territoire, les inclure dans la ville au lieu de les marginaliser” confiait-elle en 2010 au journal Le Monde. Et pour y parvenir, elle fonde en 1995 le Centre culturel d’initiatives citoyennes, l’association “Darna”, qu’elle préside toujours aujourd’hui.

 

Maman de Tanger et reine de coeur

Philosophe, anthropologue, psychothérapeute et militante, Mounira Bouzid El Alami s’est ainsi lancé le pari, il y a plus de vingt ans, de créer une école de la citoyenneté et du savoir ouverte aux enfants, aux jeunes filles et aux femmes issus de milieux défavorisés.

Dans ce centre, Mounira amène les enfants qu’elle trouve dans le rue, près à traverser le détroit à n’importe quel prix pour gagner l’autre rive, cet ailleurs qu’ils imaginent plus clément. Et pour accepter de les faire venir, ce n’est pas une mince affaire. Elle fait preuve de douceur, de patience, d’écoute et de force de conviction pour convaincre des enfants et des adolescents qui n’ont plus rien à perdre de croire à la possibilité d’une deuxième chance dans leur pays, le Maroc.

Et les résultats sont là. « Nombre d’adolescents que nous avons accompagnés ont retrouvé la fierté de leur identité et sont repartis vers leur village pour cultiver la terre. Des enfants qui dormaient dans la rue retrouvent la voie de leur envie ; les femmes une indépendance financière et donc la voix au chapitre » confiait-elle au journal le Monde.

Dans ce centre qui fait office de maison du bonheur, c’est un nouveau départ qui s’offre à ceux qui veulent bien croire à cette lueur d’espoir. Ici, on leur dispense des cours, des formations, un suivi et du soutien afin de mettre toutes les chances de leur côté et favoriser leur insertion professionnelle. Véritable centre d’apprentissage de savoirs cognitifs et métiers, les éducateurs de l’équipe font en sorte de former rapidement les jeunes gens qui transitent par l’association pour leur permettre de disposer d’une source de revenu stable, contribuer ainsi à la promotion de l’économie locale et nationale et à terme, leur faire croire en un avenir dans leur pays.

Une mission caractérisée par “le manque de soutien de la part des élus et des autorités locales à ce projet citoyen”, déplorait Mounira Bouzid El Alami en se confiant à la MAP.

Reconnue d’utilité publique, l’association compte six structures d’accueil. Elle accueille plus de 140 enfants âgés de 8 à 19 ans et environ 120 femmes par jour, qui bénéficient de cours d’alphabétisation et de sessions de formation dans des métiers tels que le tissage, la peinture et la couture. Des lieux de vie et de partage qui s’inscrivent aussi dans une tentative de restitution et de valorisation du patrimoine immatériel tangérois.

Une expérience associative couronnée par l’élaboration d’un ouvrage, “Une tentative pédagogique envers les personnes démunies menée par l’association Darna dans la ville de Tanger entre 1995 et 2015”. Composé de 5 tomes, cet ouvrage est illustré de photographies sur l’expérience de l’association, ses structures et ses réalisations.

 

 

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