Tabous

Les fêtes de divorce : une coutume féminine célébrée dans le sud marocain

S’il est de coutume qu’une femme divorcée soit mal vue au Maroc, il n’en est rien dans le grand sud, au sein des tribus beydanes.

Malheureusement, encore aujourd’hui au Maroc, une femme divorcée est reléguée au rang de femme de mauvaise vie. Trop indépendante, pas assez conciliante, trop libre, beaucoup de femmes étant passées par la case divorce sont considérées comme des prostituées. Et pour cause, leur virginité n’étant plus qu’un souvenir, elles ont désormais le champ libre pour vivre pleinement leur vie (intime) sans avoir à craindre de heurter l’honneur d’un homme.

Si cette manière de penser est monnaie courante au Maroc, les femmes beydanes ne s’encombrent pas de tels clichés. Loin de se lamenter sur leur sort de femmes divorcées, une fois la séparation prononcée, c’est dans une ambiance festive qu’elles célèbrent cette nouvelle vie qui s’annonce.

Une cérémonie digne d’un mariage

Au Maroc, en Algérie et en Mauritanie où vivent les femmes beydanes, les fêtes de divorce réunissent le temps d’une soirée amis et proches de la femme divorcée.

Sur fond de musique, de chants, de youyous, la star de la soirée, tatouée au henné, est célébrée par ses amis. Une fête qui ressemble beaucoup à une cérémonie de mariage et qui poursuit plusieurs buts. D’une part, signifier que le divorce n’est pas une fin en soi, d’autre part que leur valeur n’est en rien altérée, et enfin faire savoir à tous que cette nouvelle femme divorcée est libre… et éventuellement disposée à vivre de secondes noces.

Dans les tribus beydanes, les femmes divorcées ne sont pas considérées comme des parias et c’est tout naturellement qu’elles retournent vivre chez leurs parents, avec leurs enfants. Il va sans dire que le fait qu’elles soient accueillies à bras ouverts par leurs familles, et qu’elles soient en plus célébrées et choyées par tous, atténue considérablement la douleur d’une séparation.

Le règne du matriarcat

Cette coutume qui peut paraître étrange dans une société marocaine placée sous le joug du patriarcat est tout à fait banale dans ces tribus du sud où c’est le matriarcat qui règne en maître.

Si l’influence de l’islam se fait forte, il n’en demeure pas moins que les tribus beydanes sont fortement imprégnées par le matriarcat berbère. Dans cette culture, c’est la femme qui est la maîtresse du foyer. A la différence de la culture arabe qui assoit la domination de l’homme en reléguant la femme au second plan et en la voilant parfois, les tribus beydanes et la société maure, confèrent à la femme un statut inaccessible. Plutôt que de la dominer, on la juge parfaite et bien au dessus du désir masculin.

Un style de vie très répandu notamment en Mauritanie et remarqué dès le XIVe siècle par le géographe marocain Ibn Battuta qui s’étonnait alors du fait que “les hommes ne sont nullement jaloux de leurs épouses” et de l’empire que les femmes exercent sur les époux.

 

 

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