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Le « Mahram », un concept pseudo religieux pour se protéger des Marocaines

Il y a quelques jours, une polémique éclatait autour du refus de la Jordanie d’accorder un visa à une ressortissante marocaine sous prétexte qu’elle ne serait pas accompagnée d’un « mahram ».

Pour les non-initiés, ce terme désigne tout homme faisant figure de tuteur ou plutôt de chaperon pour une femme musulmane désireuse de voyager. Sans la présence d’un “mahram”, selon certains hadiths, celle-ci n’aurait pas le droit de voyager seule. Un principe brandit aujourd’hui par certains pays arabo-musulmans pour empêcher les Marocaines de fouler leur sol.

 

Un concept au service du patriarcat

Le Mahram se base sur des hadiths et vise à interdire à la femme de voyager seule dans l’accompagnement d’un homme de sa famille. Un argument brandit par de nombreux pays arabes et pays du Golfe pour limiter la venue sur leurs terres de ressortissantes marocaines.

Quand on lui expose ce principe moyenâgeux, Asma Lamrabet, essayiste et ex présidente du centre de recherche féminines en islam, ne décolère pas.

« La question du Mahram comme beaucoup d’autres est un “pur produit du Fiqh” ; ce concept est inexistant dans le Coran et certains Fondateurs des écoles juridiques se sont basés sur un seul hadith qui a été d’ailleurs fortement critiqué par Aicha l’épouse du prophète, qui ceci dit en passant, elle et d’autres femmes il y a 15 siècles ont fait le pèlerinage sans Mahram. Il y n’y a donc pas de consensus sur ce sujet, les écoles juridiques comme celles de Abu Hanifa et Ibn Hanbal sont pour alors que Shaffi et Malik ne l’approuvent pas…Concept forgé donc par une jurisprudence islamique qui se base sur la notion de “protection” des femmes ..notion patriarcale classique de l’infériorité des femmes qui aujourd’hui est plus qu’une aberration! » fustige Asma Lamrabet.

 

Les Marocaines, persona non grata

Ce principe, la Marocaine Mounia Semlali, responsable du programme justice de genre de l’ONG Oxfam au Maroc en a fait les frais lorsqu’elle a voulu se rendre en Jordanie en janvier 2019. « Je me fous d’être blacklistée de Jordanie ou d’Egypte si ça peut aider à changer la perception des femmes dans ces pays » fulminait-elle en voyant sa demande de visa refusée par l’ambassade de Jordanie, sous prétexte qu’  « Il faut une autorisation du ministère de l’Intérieur jordanien ou à défaut, un Mahram ».

A défaut d’un mari, d’un père, d’un frère, d’un fils ou de tout mâle issu de la même famille, une Marocaine devra ainsi, dans le cas de la Jordanie, faire amende honorable en présentant pour le moins une invitation émanant d’une institution locale… sauf que dans le cas de Mounia Semlali, ledit document n’a pas suffit.

Mais la Jordanie n’est pas la seule à appliquer ce principe douteux. A ce jeu là, l’Egypte ou encore l’Arabie Saoudite n’épargnent pas les femmes, de 18 à 35 ans, d’autant plus quand elles sont Marocaines…

Pourquoi tant de précautions prises avec les ressortissantes marocaines ? En raison semblerait-il de la sulfureuse réputation qui entache nos compatriotes et à laquelle répond un hashtag tout trouvé #NousNeSommesPasDesProstituées. Une réputation qui nous colle à la peau, contrairement aux autres femmes arabes qui elles ne se voient pas imposer le principe de “mahram”…

 

 

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