Art et Culture

Bouchaib El Bidaoui, l’artiste travesti que le Maroc idolâtrait

Il fut un temps, au Maroc, dans un passé pas si lointain, où le fait de se travestir en femme n’entrainait pas un lynchage public. Dans ce même Maroc, et plus particulièrement à Casablanca, Bouchaib El Bidaoui est encore une légende que l’on se remémore le sourire au lèvres, pour peu qu’on ait connu le Maroc de l’indépendance.

Bouchaid El Bidaoui, star rire, de la comédie et de la chanson, se révèle dans le Maroc de l’indépendance, suite au retour d’exil du roi Mohammed V. Partout dans les rues des quartiers populaires, on monte le son des radios ou mieux encore, on accroche des haut-parleurs dans les rues, pour faire profiter à tout le monde de ses célèbres comédies. A ses côtés, au violon, le maréchal Kibbou, mais aussi Lahbib Kadmiri, Bachir Laâlej et Chikha Bent Louqid… une troupe d’artistes dont les membres deviennent les stars incontestées du Maroc dans les années 1950-1960.

Son succès, Bouchaib El Bidaoui le doit à un style musical bien particulier, la Aita marsaouia, qu’il adopte à sa manière après avoir découvert dans les années 40, les chikhates. Passionnée par ces artistes féminines libres, il décide d’introduire dans les villes leur chant tribal venu des montagnes. Il modernise la Aïta à coup d’arrangements musicaux mais sans jamais changer l’esprit de ce style « marsaoui » qui deviendra une marque de fabrique casablancaise.

Avec des paroles sans concession, il gomme les barrières entre classes sociales, parvient à toucher tout le monde et réussit d’autant plus son pari que l’homme se fait connaître pour ses accoutrements féminins.

Bouchaib El Bidaoui en caftan

«Au début des années 50, Bouchaib El Bidaoui a pratiqué le théâtre où il interprétait ses chansons, les intégrant parfois à des pièces théâtrales ou dans certains monologues (…) Il revêtait un costume féminin pour toutes les manifestations artistiques, ce qui lui permettait de se faire accepter dans un milieu exclusivement féminin dans le Maroc des années 60 encore très conventionnel» explique à ce sujet Allal Raggoug, dans son livre « Al-ayta : Chant du Maroc profond entre musique et histoire »

« La réussite de Bouchaib El Bidaoui, venait certes de ses qualités d’acteur-chanteur exceptionnel, mais aussi du fait que le travestissement était un passage obligé pour amener sur la scène le corps féminin» écrit quant à elle Mouna Belghali, dans sa thèse doctorale « L’évolution de l’image de la femme dans le théâtre marocain. »

 

Un destin incroyable que celui de cet enfant de Derb Dalia, l’ancienne médina de Casablanca, dont les succès «dabayji», «milouda bent driss», «alkass a abbas» sont restés gravés dans les mémoires. Un artiste hors du commun, sensible et complexe qui mourra à l’âge de 35 ans, dans les années 60.

 

 

 

 

 

 

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