Chroniques

Asma Lamrabet, la pasionaria. Depuis toi… on se sent bien seules

A nos yeux, Asma Lamrabet est un symbole, une icône marocaine qui mérite les honneurs tant celle-ci a œuvré pour la cause des femmes au Maroc.

“Humaniste”, “généreuse”, sont souvent les qualificatifs dont l’on gratifie cette femme, médecin biologiste, qui aurait pu mener une vie tranquille si elle n’avait été mue par une passion inextinguible pour l’être humain.

Son amour de l’autre, elle le pratique d’ailleurs dans un premier temps en tant que médecin bénévole dans des hôpitaux publics d’Amérique Latine, d’Espagne et du Maroc et aujourd’hui, c’est à l’hôpital Avicennes de Rabat qu’elle continue d’officier… dans l’ombre, mais toujours présentes dans nos coeurs.

Asma Lamrabet carbure aux valeurs de tolérance et d’égalité. Elle a beau détester qu’on la taxe de « féministe islamique », il n’en demeure pas moins que rarement au Maroc une femme a su tant faire la part des choses entre religion et féminisme. Tout en douceur, sans violence ni provocation.

N’hésitant pas à braver ses confrères de la Rabita Mohammadia des Oulémas du temps où elle dirigeait encore le Centre d’études et de recherches féminines en Islam , elle avait l’art et la manière de monter au créneau contre les valeurs patriarcales. Elle appelait à la réflexion et à la critique car oui, notre religion nous permet l’ijtihad. Rien de haram dans le changement !

“Échanger et partager ne veut pas dire se mettre d’accord, mais entendre justement nos différences. Ce qui veut dire aussi pouvoir se rapprocher et quand même pouvoir rester soi-même”, disait à juste titre le psychosociologue Jacques Salomé.

Ses positions sur la question de l’héritage un peu trop progressistes au goût de certains lui ont valu de quitter son poste en 2018. Depuis, son départ, c’est le vide absolu… Sa remplaçante, Farida Zomrod est aux abonnées absentes. Aucune interview, aucune déclaration… Une vision ? Une stratégie ? Circulez y a rien à voir ! D’ailleurs, on ne trouve même plus trace sur Google des coordonnées dudit centre…

Finies les sorties médiatiques et les prises de position magnifiquement engagées. Aujourd’hui, le féminisme en islam n’est plus une notion dont on parle sous nos cieux, et c’est bien dommage.

Asma Lamrabet avait su avec brio incarner la possibilité du changement, l’ouverture d’esprit, la tolérance. Des valeurs chères à l’islam, cette religion si méconnue, si malmenée par les temps qui courent et qui aurait bien besoin d’intellectuels du calibre de Asma Lamrabet pour savoir l’interpréter et délivrer une parole juste, claire et apaisée.

Aujourd’hui, par qui les femmes sont-elles représentées au Maroc ? La question a lieu d’être posée. Qui pour parler de la réforme du texte religieux, de l’héritage ou du droit à l’avortement ?  Autant de droits revendiqués par les uns et décriés par les autres, du fait qu’ils touchent au domaine du sacré, ou du moins à l’interprétation que l’on en a. Qui pour braver les conservateurs et faire contre poids contre des clichés pétris de religiosité ?

 

 

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