Les Pionnières

Hanou Marouch, la révoltée devenue la star des femmes des montagnes

Hanou Marouch est une femme extraordinaire, une star dans le sud du Maroc, et en particulier à Tinghir, son village d’origine. Véritable porte parole des femmes montagnardes, ce bout de femme carbure au militantisme pur et dur.

Sur youtube, Hanou Marouche est une véritable star. Les vidéos de ses interventions sont légion tant la militante manie l’art du verbe sans langue de bois. Audacieuse, courageuse et résolument franche, Hanou Marouche est une femme au parcours incroyable.

 

Les premiers pas dans la vie d’une femme hors du commun

Mariée à l’âge de 12 ans, son mari l’abandonne cinq mois plus tard sous prétexte qu’elle n’est pas assez belle. « Il m’a dit : ton nez n’est pas beau, et il a divorcé » se rappelle-t-elle en riant dans un entretien accordé au journal électronique Hespress. « C’était à un moment où les hommes pouvaient remplacer les femmes comme bon leur semblait, les remplacer comme n’importe quoi d’autre » se souvient-elle. Une période où l’on célébrait dans les villages 20 à 30 mariages dans la foulée et durant laquelle il était de coutume de mentir sur l’âge de la future mariée. « On donnait 1E ans aux filles qui en avaient 10 pour les marier facilement » explique-t-elle.

Née d’un père revenu handicapé à vie suite à la bataille de Baddou qui opposa les habitants à l’armée française, Hanou Marouche retourne vivre avec ses parents suite à son divorce. Jamais plus elle ne retentera l’expérience de la vie conjugale. « Ma première expérience m’a choquée » se souvient-elle. A la mort de ses parents, elle vit pendant 25 ans avec son frère et sa femme qui mourra en couches. C’est à Hanou que reviendra le soin d’élever ses neveux.

 

Le cri de la montagne

Hanou Marouche est une révoltée. Et autant dire qu’elle n’a pas la langue dans sa poche. Son cheval de bataille, la cause des femmes montagnardes. Dès qu’elle le peut, elle clame haut et fort leur souffrance et la pénibilité de leur vie devant les médias.

« Elle manque de tout » s’exclame-t-elle en référence à cette femme muette et silencieuse dont personne ne prend la défense. Et de poursuivre « cette femme devrait être sensibilisée à la lutte contre l’analphabétisme » pour vivre avec son temps. « Les femmes d’ici ne savent pas où en est le monde d’aujourd’hui. Elles sont toujours laissées pour compte. » explique-t-elle, enflammée, en égrenant ses revendications : « l’éducation, l’éducation des jeunes femmes et la lutte contre l’analphabétisme des femmes. Et ensuite, offrir des possibilités d’emploi aux femmes, quel que soit leur niveau d’instruction. »

Autres sujets qui lui tiennent à cœur, les services de santé inexistants, l’isolement des villages, l’absence de routes. Pour lutter contre l’oubli dans lequel elle craint de voir sombrer les siens, Hanou Marouch tient des conférences, quand elle ne s’exprime pas devant les micros… jusqu’à partir en Chine où elle était dernièrement.

Sa dernière frustration en date, le fait que certains membres du gouvernement actuel soient eux-mêmes amazighs et qu’ils ne fassent pas bouger les choses pour leur communauté.

En langue amazigh, mais aussi dans un parfait arabe et parfois même en français, Hanou Marouch clame haut et fort les causes qui lui tiennent à cœur. Et elle n’a pas l’intention de s’arrêter…

 

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