En Société

Tests de virginité au Maroc : le business qui profite à certains médecins

Le 17 octobre 2018, l’organisation mondiale de la santé (OMS) lançait un appel international pour interdire les tests de virginité à travers le monde. Pratiquée au Maroc, cette méthode divise plus que jamais l’opinion publique et les professionnels du secteur de la santé.

Autant dire que le tissu associatif marocain n’a pas attendu l’appel de l’OMS pour monter au créneau afin de dénoncer une pratique d’un autre temps. En effet, la polémique autour des tests de virginité pratiqués au Maroc gronde sous nos cieux depuis un certain temps. En février 2018, l’Association marocaine de sexologie avait ainsi saisi le ministère de la santé, l’appelant à dispenser les médecins de cette “corvée” selon le quotidien Al Ahdath Al Maghribia. Une demande juridiquement fondée selon le professeur Rachid Aboutaieb, urologue et président de l’association. Depuis, aucun changement n’avait été noté.

Circulez, y a rien à voir !

La réponse de Mustapha Khalfi, porte-parole du gouvernement, à l’appel de l’OMS en dit long sur le traitement du sujet. Celui-ci avait rétorqué que ces tests « ne sont pas obligatoires » au Maroc, d’après EFE, l’agence de presse espagnole.

Une vérité qu’atténue pourtant fortement l’article 488 du Code Pénal marocain. Celui-ci stipule en effet que la défloration constitue une circonstance aggravante dans tous les cas de viol et entraîne une condition aggravante des peines de prison pour l’agresseur.

Chose que n’a pas manqué de relever l’EFE en rappelant que ces tests sont toujours pratiqués en cas de viol et qu’ils demeurent habituels en amont de beaucoup de mariages.

Interrogé par l’agence espagnole, Abdessamad Dialmy, sociologue qui milite de longue date pour la promotion de l’éducation sexuelle estime pour sa part que « Nous devrions commencer par demander un amendement au Code pénal et supprimer cet article » tout en déplorant qu’en vérité « personne ne l’exige. »

 

La déontologie sacrifiée sur l’autel de l’argent

Interrogé à son tour, Chafik Chraïbi, gynécologue, ancien chef de service de la maternité des Orangers à Rabat et grand militant pour la légalisation de l’avortement, reconnaît pour sa part que la question des tests de virginité « n’est pas discutée par le corps médical » au Maroc.

Un fait que fustige à son tour Soumaya Naâmane Guessous, sociologue, auteur et membre de l’Association marocaine de sexologie. Elle dénonce ainsi la violence de cette pratique et le silence du corps médical qui en profite selon elle pour faire proliférer un business juteux. A raison de 100 à 300 dirhams le test, « imaginez, dans les quartiers populaires de Casablanca, et en été, période des mariages, un médecin peut facilement faire entre 10 et 15 tests de virginité quotidiens. » commente-t-elle à EFE.

Sans compter, l’absence totale de confidentialité. Et pour cause, toujours selon la sociologue, « le test est fait pour être communiqué immédiatement à la famille, en effet, il y a des médecins qui autorisent la mère ou la future belle-mère à assister au test de virginité pour prouver qu’il n’y a pas eu de tromperie ».

Un point important que celui du secret professionnel. Rachid Aboutaieb rappelait ainsi après avoir saisi le Ministère de la santé que le médecin est tenu, juridiquement et déontologiquement, de respecter le secret professionnel. Une manière de préserver notamment la dignité et le droit du demandeur à la protection de ses données personnelles.

Les médecins divisés

Si les sociologues s’accordent toutefois pour dire que ces tests sont surtout pratiqués dans les couches sociales défavorisées du pays, dans les milieux où l’honneur de la femme repose encore entre ses cuisses, plusieurs médecins ont selon nos confrères du site info lancé une campagne pour lutter contre cette pratique.

D’après le support « Ces derniers estiment que cette pratique est une violation de la liberté des femmes et leurs droits. Ces tests présentent un grand danger. Les médecins expliquent qu’ils peuvent endommager les organes génitaux, causer des infections et des saignements graves, ce qui peut pousser la femme au suicide en cas d’échec du test. »

Reste à espérer que toutes les voix s’élevant contre cette pratique moyenâgeuse sauront se faire entendre.

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