La politique, une affaire (aussi) de femmes

Aujourd’hui se tient à Casablanca la 1ère édition du forum «Femmes et Politique, regards croisés» organisé par la commission France-Maroc. Rencontre avec sa présidente, Leila Doukali, une femme éclairée et une militante comme on les aime.

Vous êtes présidente de la commission France-Maroc, à l’initiative de ce forum. Quel est le rôle joué par cette commission?
La décision de créer cette commission France-Maroc est inédite. C’est la première fois que l’une des délégations des Républicains (le parti français de droite) se lance dans une telle aventure, le but de cette commission étant de redynamiser les relations entre le Maroc et la France, lesquelles ont été mises à mal depuis 5 ans.

Cette initiative de rassemblement a donc séduit les Républicains, lesquels m’ont soutenu dans la création de cette commission qui poursuit trois objectifs majeurs.

Il s’agit premièrement de signer des conventions de partenariat avec des partis politiques marocains de même sensibilité. Ensuite, d’établir un lien entre des régions françaises et marocaines afin de mettre en place des échanges de formations par exemple. La région du Grand Casablanca a ainsi signé un accord dans ce sens avec l’Ile de France. Par ailleurs, la droite française ayant remporté beaucoup de régions lors des dernières élections, de nombreux partenariats pourront ainsi être mis en place entre la France et le Maroc afin de redynamiser les échanges.

Enfin, troisième objectif poursuivi, la féminisation de la politique par l’intégration des femmes dans la sphère politique. Ce troisième axe est pour moi une priorité et autant dire que c’est celui qui me tient le plus à cœur. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la 1ère édition de ce forum sera dédiée à ce sujet.

En quoi ce forum pourra-t-il faire avancer la cause féminine et l’intégration des femmes en politique?
Nous partons d’un constat malheureux et toujours d’actualité : la femme n’a pas la place qu’elle mérite en politique au Maroc malgré son fort potentiel, et malgré les objectifs fixés par Sa Majesté le Roi Mohammed VI dans la constitution de 2011 où il est clairement stipulé que la femme marocaine doit participer au débat politique. Il est donc grand temps que les femmes appliquent leurs droits, se prennent en main et soient partie prenante du développement du pays. Je reste convaincue que le Maroc est en plein développement et que pour l’accompagner dans la marche du progrès, les femmes sont tout à fait à leur place. J’ai travaillé à l’AFEM de 2000 à 2006 et je peux affirmer qu’au niveau entrepreneurial, la femme active est sur tous les fronts. En revanche, c’est loin d’être le cas dans le législatif où nous sommes très peu représentées. Le forum a donc pour objectif de s’interroger sur les raisons qui freinent l’ascension des femmes en politique malgré un cadre législatif propice à cela et ensuite à envisager des solutions pour les convaincre de s’engager en politique. Des femmes marocaines emblématiques vivant et œuvrant au Maroc mais aussi en France prendront part au Forum pour débattre de ce sujet. Le but étant encore une fois de révéler le potentiel féminin au Maroc.

D’après vous, pourquoi les femmes sont-elles aussi frileuses s’agissant de politique?
J’incriminerai tout d’abord l’environnement machiste dans lequel nous évoluons et qui est clairement rébarbatif et je résumerai la mentalité ambiante en citant un homme de ma connaissance qui me déclarait il y a quelques temps : « une femme ne rapporte pas de sièges au parlement, donc nous ne la mettons pas en avant. On fait semblant, on essaie ». Les réticences à faire une place aux femmes en politique sont clairement culturelles et dues à une mentalité patriarcale. L’enjeu est donc de reformater ces esprits là autant que faire se peut mais surtout de gagner à cette cause la nouvelle génération qui représente le Maroc de demain.

Quels sont les points de correspondance à ce sujet entre la France et le Maroc ?
Lors des primaires de gauche, la visibilité des femmes a été mise à mal. Même son de cloche lors des primaires de droite quand on a sorti du chapeau à la dernière minute le nom de Nathalie Kosciusko Morizet lorsqu’on s’est rendu compte que la liste présentée était exclusivement masculine. Celle-ci est tout de même arrivée 4ème sur 7, détrônant au passage Bruno Lemaire. Toutefois, quand bien même nous nous attendons à une photo du parlement français à forte dominante masculine, le respect de la parité est une obligation en France, sans quoi des amendes doivent être payées.

Y a-t-il un modèle social quelque part ailleurs dont le Maroc devrait s’inspirer ou au contraire faut-il d’après vous créer notre propre modèle maroco-marocain?
Nous sommes parfaitement capables de créer notre propre modèle chez nous. Je suis convaincue qu’il ne faut pas tenter de reproduire des schémas existant ailleurs mais de créer notre modèle avec le potentiel que nous avons. Il faut surtout être conscients que les pays à fort taux de croissance, comme dans le cas du Maroc, sont ceux qui donnent le plus de chances d’évolution aux femmes. C’est un fait avéré et non une pensée féministe car dans mon cas, je suis persuadée qu’il ne faut pas s’ériger contre les hommes pour exister. C’est ensemble que nous construirons le Maroc de demain.

Vous êtes franco-marocaine. Pourquoi êtes-vous plus impliquée en politique française qu’en politique marocaine?
Tout d’abord en raison du lien historique que ma famille a tissé avec Les Républicains. Ma sœur, paix à son âme, était elle-même très impliquée et j’ai grandi dans une famille où on parlait beaucoup politique, que ce soit du côté marocain ou français. Ensuite est venu le temps où Les Républicains se sont mis en quête de personnes susceptibles de les aider dans le développement de leurs projets. J’ai été approchée par eux et disons que leurs valeurs m’ont séduites et que je me suis retrouvée dans leur approche, moi qui suis de double culture. S’agissant de la politique marocaine, je dirais en tout honnêteté que je ne pense pas y avoir ma place pour l’instant. Je préfère travailler à créer des synergies entre les deux pays et à établir et favoriser des dialogues constructifs.

Comme vous le soulignez, l’enjeu réside dans la jeunesse d’aujourd’hui. Comment insuffler l’amour de l’engagement aux jeunes marocain(e)s?
C’est en effet la jeunesse marocaine qui nous intéresse par-dessus tout et nous sommes déterminés à l’accompagner et à lui mettre le pied à l’étrier. Dans le cadre du forum, des femmes emblématiques, à l’instar de Yasmina Baddou, Hakima El Haité, Najoua Koukouss, Rabea Naciri ou encore Soumia Naamane Guessous, seront présentes pour justement sensibiliser les jeunes femmes mais aussi jeunes hommes à l’importance de leur engagement.

Quid de l’après forum?
J’ai pour projet de mettre en place une structure qui aura pour but d’accompagner les femmes, d’être à leur écoute, d’analyser leurs réticences afin de mieux pouvoir les sensibiliser à l’exercice de leurs droits politiques.

«Femmes et Politique, regards croisés»
Le samedi 4 février à l’hôtel Hyatt Regency de Casablanca.

http://www.plurielle.ma/?q=article/quelle-place-pour-les-femmes-en-politique

http://www.h24info.ma/maroc/la-politique-une-affaire-aussi-de-femmes/50340

Publicités