Abdellah Taia : Même quand ils subissent le pire, les homosexuels marocains n’ont pas droit à la pitié

L’écrivain et cinéaste marocain Abdellah Taïa m’a livré son précieux témoignage suite à l’agression homophobe ultra-violente qui s’est déroulée dernièrement au Maroc. La scène a même été filmée et la vidéo est devenue virale (mais je ne la partagerai pas sur site)

 

L’homophobie au Maroc ne me surprendra jamais. Elle est officielle,
assumée et revendiquée sans honte. En revanche, ce qui me surprendra
toujours c’est ce manque de coeur, cette sécheresse d’âme que certains
Marocains expriment à chaque fois qu’il y a des agressions graves
contre des homosexuel(le)s. On parle de ces derniers comme s’ils
n’étaient pas des enfants de ce pays et qu’ils avaient des droits eux
aussi. Cela ne suffit visiblement pas qu’ils soient considérés par la
loi comme des criminels alors qu’ils ne font du mal à personne. Cela
ne suffit pas qu’ils soient quotidiennement insultés, violés,
méprisés. Non. Non. Même quand ils subissent le pire, les homosexuels
marocains n’ont pas droit à la pitié, à l’empathie, à un tout petit
peu de tendresse. Non. Rien. Ils n’auront rien. C’est bien sûr de leur
faute. Ils n’avaient qu’à ne pas être des homosexuel(le)s… Une autre
chose m’attriste, me fait pleurer à chaque fois: c’est l’absence des
parents. On n’entend pas les pères et les mères marocains défendre
leurs enfants homosexuels. Ils ne disent rien, ne font rien. Ils
renient leur propre chair. Se figent et nous figent avec eux dans un
silence meurtrier… Nous savons que les lois au Maroc sont contre les
individus libres. Nous savons que le changement ne viendra pas d’en
haut. Nous savons qui nous emprisonne. Une toute petite partie de la
société civile essaie très courageusement de changer cela. Mais les
autres, tous les autres, pourquoi continuent-ils de se taire, de se
soumettre, de pousser les êtres les plus fragiles vers le pire, vers
la violence, vers l’autodestruction? Qui va enfin libérer les
homosexuel(le)s marocains? Qui?

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