A la découverte du caftan judéo-marocain

Le caftan a traversé les âges, les civilisations… Et les religions. Emblème de notre métissage culturel, le caftan a, dès son apparition au Maroc, été adopté aussi bien par les musulmanes que par les juives. Partie à la découverte du caftan que portaient ces marocaines d’une autre confession et quel meilleur endroit que le musée du judaïsme de Casablanca pour en apprendre plus à ce sujet…

Par une belle matinée de printemps, je me rends au Musée du Judaïsme de Casablanca où j’ai rendez-vous avec Zhor Rehihil, la conservatrice de ce musée qui abritait à l’origine un orphelinat pour les enfants de confession juive. C’est un lieu chargé d’histoire dans lequel nous pénétrons et c’est avec une certaine émotion que nous découvrons dans l’entrée, accrochées aux murs, des photos en noir et blanc des petits pensionnaires de l’orphelinat de jadis.

Zhor Rehihil m’accueille chaleureusement et avec l’énergie et l’enthousiasme qui lui sont propres m’ invite à visiter le musée en sa compagnie. S’arrêtant devant chaque vitrine, la conservatrice détaille le contenu de chacune d’entre elles sans oublier de relever les nombreuses similitudes qui relient les traditions juives et musulmanes au Maroc. A la salle consacrée aux objets de culte, de rituel et au livre sacré succède enfin la salle dédiée aux costumes, objet de notre visite.

Derrière une large vitrine trônent quelques caftans et costumes de tradition judéo-marocaine. Un costume attire mon attention. « C’est la robe de la mariée juive marocaine » m’explique la conservatrice. « On l’appelle El Kesoua El Kebira et on la porte pendant la cérémonie du Henné, rituel commun aux mariages musulmans et juifs ». Vieille de plus d’un siècle, la tenue a parcouru les âges, transmise de génération en génération dans une famille juive d’Essaouira avant d’être léguée au Musée du Judaïsme. Sur la jupe figurent encore des traces de henné…

Un peu d’histoire…

Cette tenue d’apparat n’est pas sans rappeler l’Espagne de la Renaissance. Le nom de certaines pièces de la kesoua el Kebira trouvent d’ailleurs leur origine dans l’espagnol comme la « zeltita », jupe qui fait d’ailleurs toujours partie de certains costumes de fête en Castille. Les juifs marocains avaient en fait des origines diverses et certains descendaient de ceux qui avaient été chassés d’Espagne à la fin du XVème siècle et qui se sont réfugiés au Maroc. Ce sont en fait les couturiers et brodeurs juifs attachés à la cour d’Espagne qui ont créé les robes de velours à l’origine de la Kesoua El Kebira.

Portrait d’une robe de mariée

Portée à l’occasion des cérémonies de mariage, des fêtes et ces célébrations exceptionnelles, la Kesoua el Kebira est un ensemble de velours, de soie et d’or qui se compose le plus souvent de trois pièces : une vaste jupe ou « Zeltita » dont la coupe diffère en fonction des régions, un plastron nommé « Ktef » et un gilet qu’on appelle aussi Corselet ou « Gombaz ». Les manches de mousseline sont quant à elles repliées sur les épaules dans certaines régions. Le plastron est la pièce la plus précieuse du costume et tient lieu de parure car c’est la partie la plus richement brodée de la tenue. C’est une pièce faite de velours, de soie, de cuir ou de coton que l’on brodait au fil d’or et dont les motifs différaient d’une ville à une autre. La Kesoua El Kebira se porte avec une ceinture et une longue écharpe en soie lamée d’or.

Les particularités du caftan judéo-marocain

Outre la Keswa El Kebira portée par les mariées, le caftan marocain est également porté par les femmes juives marocaines lors d’occasions spéciales ou comme vêtement de tous les jours à partir du début du XXème siècle. Semblable à celle que porte les musulmanes, cette tenue composée d’une pièce généralement en velours ou en soie, brodés d’or ou d’argent, se distingue toutefois par quelques particularités. A commencer par les motifs. « Par exemple, le motif nommé « aile d’or », que l’on retrouve sur le bas des jupes, est le plus répandu et est typique de la région de Rabat » nous explique Zhor Rehihil. Les motifs en spirale, représentés par de grands cercles de galons tressés au fil d’or, sont quant à eux une spécificité du Nord du Maroc. L’oiseau, l’arbre de vie et l’étoile de David, symboles du judaïsme sont également des motifs récurrents que l’on peut retrouver brodés sur le bas de la jupe de la Keswa El Kebira, sur les caftans et même sur les aâkad comme dans le cas du caftan El Ajmi, datant des années 50. Certains caftans traditionnels, notamment ceux de Fes, sont en tout point identiques dans les deux communautés. Ces tenues de velours brodées au fil d’or datent pour la plupart des années 1930 à 1950 et étaient portées lors des mariages, des baptêmes ou de festivités comme la mimouna.

Une coiffure pas comme les autres

Si les tenues des judéo-marocaines présentent de nombreuses similitudes avec celles des musulmanes, il n’en va pas de même pour leurs coiffures. Si les unes se voilent pour cacher leurs cheveux par tradition ou au nom de l’Islam, les autres adoptent des coiffes hautes en couleur et riches de créativité pour pallier à l’interdit religieux qui leur impose de dissimuler leurs cheveux après le mariage. L’usage de la perruque étant toléré à condition de ne pas contenir de cheveux humains, les femmes juives rivalisent d’imagination en se confectionnant des coiffes en laine, en soie, en poil de chèvre, en queues de bovidés ou même en plumes d’autruche en ornant le tout de foulards colorés, de diadèmes, d’argent, d’email, de verroterie…

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