Dine wa dounia

Cette fin d’année s’achève sur une note très mitigée qui suscite bon nombre de questions. Comment considérer l’avenir sereinement ? Comment avoir foi en des lendemains meilleurs à l’heure où le monde semble en proie à une frénésie destructrice ? Comment surtout faire grandir nos enfants dans un climat ambiant réconfortant ?

En ce moment, allumer sa télévision et consulter son fil d’actualité relève de l’épreuve, tant les nouvelles se suivent et se ressemblent avec leur lot de drames quotidiens. Mais au-delà de cette violence, qu’il ne faut pas normaliser au risque d’y perdre notre humanité, nous devons aussi composer avec la peur. La nôtre, celle qui s’éveille en nous lorsque des attentats frappent un pays proche, et celle de nos enfants, qu’il faut tenter de rassurer même si parfois les mots manquent.

Ce réflexe, certaines femmes ne l’ont pas, car pour elles, l’ennemi n’est pas celui qu’on montre à la télévision. Mues par un romantisme noir, bercées par le fantasme d’un prince charmant armé jusqu’aux dents, elles croient, au point de quitter le confort de leurs vies et de leurs familles, que l’avenir se construira autrement, un Coran dans une main, une arme dans l’autre.

Enrôlées de plus en plus jeunes dans les troupes de Daesh, certaines sont à peine âgées de 14 ans lorsqu’elles débarquent en Syrie. A l’heure où leurs copines pianotent frénétiquement sur leur iPhone, commentent à qui mieux mieux des posts sur Facebook et rêvent à leur premier baiser, ces jeunes filles parviennent à se créer une double vie à l’insu de tout le monde. Par quel sentiment, par quelle force est-on animé lorsqu’on est prêt à embarquer pour un voyage aussi lointain quand on vient de France, d’Angleterre ou d’Australie ? Quels arguments ont bien pu convaincre ces femmes en devenir de mentir et de tout quitter sans se retourner ? Si l’on en croit les déclarations de François Hollande au lendemain des attentats de Paris, la haine pour la vie et l’amour de la mort seraient un moteur. On a toutefois du mal à y croire quand on sait que la plupart de ces femmes sont destinées à devenir les épouses de djihadistes et les mères de ce qu’ils nomment avec orgueil “les futurs lions de l’islam”. On ne construit pas une société, puisque tel est le but de ces djihadistes, en tournant le dos à la vie.

Les amalgames ayant le vent en poupe en ce moment, on fait facilement des raccourcis. De l’avis de certains, l’islam serait donc une religion morbide et ses adeptes des gens qui favorisent la vie dans l’au-delà plutôt qu’ici-bas. En voulant absolument trouver une logique à la folie, certains ont stigmatisé la communauté qui est la nôtre pour pouvoir faire entrer dans des cases les méchants et les gentils. Nous, les musulmans, devrions faire le ménage dans nos rangs. Nous, les musulmans, devrions “nettoyer” le Coran de ses sourates trop “radicales”. Nous, les musulmans, aurions une responsabilité dans les actes infâmes commis par ces “cousins”.

Et nous voici tout d’un coup pris entre deux feux, pointés du doigt par deux camps pourtant opposés l’un à l’autre. D’un côté, les terroristes dont nous sommes les premières victimes, faut-il le rappeler, de l’autre, les pays occidentaux victimes d’attentats. Stigmatisés de part et d’autre, nous sommes donc trop ou pas assez religieux et, dans les deux cas, placés en quarantaine.

En ces temps troubles, ceux qui cèdent trop facilement aux amalgames devraient se souvenir que le terrorisme ne poursuit aucune logique et que l’ennemi c’est Nous, au sens général du terme.

Ce Nous est musulman, juif, chrétien, athée, nihiliste, bouddhiste. Ce Nous est voilé, cheveux au vent, “brushingué”, crêpé ou rasé. Ce Nous est barbu, hirsute, poil clairsemé ou imberbe. Ce Nous est tout et son contraire. Ce Nous représente tout ce qu’ils ne sont pas : les adeptes de “dine wa dounia”.

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