Les femmes et les jeunes d’abord… disent-ils

C’est une rentrée pas comme les autres que celle-ci. Les habituelles photos de vacances qui inondent d’ordinaire notre fil d’actualité sur Facebook, les posts nostalgiques des beaux jours et ceux regrettant déjà notre retour au boulot ont laissé la place aux messages militants, aux promesses d’un Maroc meilleur, aux attaques sous la ceinture… Bref, à la politique.

La bonne nouvelle, si l’on en croit l’engouement qui enflamme la toile, c’est l’intérêt que nous portons tous, nous les gens connectés, nous la nouvelle élite qui compte, à ces élections. Des groupes se créent sur Facebook pour mobiliser les jeunes et les sensibiliser à leur devoir citoyen, les candidats découvrent comme par enchantement l’importance d’avoir une page perso et de l’alimenter, et certains vont même jusqu’à intervenir sur Twitter. La campagne électorale bat son plein sur la toile.

Car oui, les partis politiques l’ont bien compris, l’enjeu de ces élections sera digital. Le PJD avait donné le ton cet été en invitant les influenceurs du web à un déjeuner “convivial” pour discuter de choses et d’autres (on n’en saura pas plus) et créer en live la page Facebook officielle de Abdelilah Benkirane. Cette fois-ci, tout le monde s’y met. A chaque parti son influenceur !

L’autre tendance de ces élections, c’est l’intérêt soudain accordé aux femmes. Sur certaines listes électorales de Casablanca, elles sont parfois à égalité avec les hommes, sur d’autres qui affichent une dominance masculine, certaines posent en burqa… Il faut de tout pour faire un Maroc.

Quant aux programmes des partis, la majorité est unanime, une place de choix sera accordée aux femmes et aux jeunes. Deux catégories bizarrement toujours jumelées. Cela sous-entend-il que nos politiques nous associent, nous les femmes, à une éternelle jeunesse ? Flatteurs va ! Ou (ne nous emballons pas), que les femmes seront cataloguées ad vitam aeternam comme des non-adultes, ou disons des adultes en devenir ?

S’agissant de l’application des programmes des uns et des autres, difficile à dire car le flou artistique persiste et à vrai dire, Dalida nous a appris, à nous les femmes, à ne pas nous fier aux “Paroles, paroles, paroles”.

Alors notre manière à nous, l’équipe de Femmes du Maroc, d’effectuer une piqûre de rappel à tous et de rappeler à nos amis politiciens de ne pas nous prendre pour des “triates”, c’est cette femme, sur notre photo de couverture.

Cette femme sans âge fait partie des oubliés du Maroc dont on se souvient uniquement au moment des élections pour obtenir leur vote. Cette femme, au même titre que 61% d’entre nous, la gente féminine marocaine, œuvre dans l’agriculture et assure votre sécurité alimentaire, messieurs les politiciens. Elle cultive, récolte, sème tout au long de l’année (sans parler du reste) pour que le Maroc ne manque de rien, alors même qu’elle manque de tout.

Elle accouche sans aide, elle meurt en couches, elle ne se soigne pas, elle est souvent analphabète, elle ne connaît pas ses droits, d’ailleurs là où elle vit, sa société ne lui permet pas d’en jouir, elle craint la justice des hommes, elle souffre de l’injustice des hommes…

Ses conditions de vie sont la preuve de la défaillance d’une politique, d’un système qui a oublié que son rôle est d’être au service des citoyens, tous les citoyens, et d’ériger le respect de l’humain et de sa dignité en étendard.

Vous nous demandez de croire en vous ? Alors, prenez soin de cette femme, cette mère nourricière, et nous vous accorderons alors toute notre confiance.

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