Quand la pluralité divise

Après les fesses de Loubna sur Youtube, puis celles de Jennifer à Mawazine, place aux jambes d’Inezgane que personne n’a vues mais qu’on imagine, sans oublier aussi les seins des Femen à Rabat qu’on a tous vus mais dont on aurait pu se passer.

Autant de chair fraîche exposée ainsi au vu et au su de tous, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase et divisé le Maroc en deux clans. D’un côté, ceux que l’on nommera faute de mieux, les modernistes. Entendez par là ceux qui considèrent qu’il n’y a pas de quoi en faire un drame, que le corps de la femme lui appartient et que la religion n’a pas sa place dans ce débat. Mot d’ordre : on dédramatise !

De l’autre côté, les garants de la tradition, de la religion et des bonnes moeurs. C’est un peu pompeux, mais ça résume assez bien l’état d’esprit. Pour eux, c’est la fin des haricots, ou plutôt le début de la fin pour le Maroc, cette terre musulmane corrompue par des idées venues tout droit de l’Occident.

Sur fond de polémique, futile pour certains, sur une paire de fesses ou de jambes, c’est un conflit bien plus profond qui se profile. Deux manières de penser radicalement différentes, deux conceptions opposées de la religion, deux définitions des mots libertés et droits… Le Maroc Pluriel s’affronte.

Cette pluralité marocaine à laquelle nous tenons tant, pour ce qu’elle représente comme valeurs d’ouverture, de tolérance et de métissage, est aujourd’hui confrontée à un problème de taille, la non-acceptation de la différence.

Nous, Peuple marocain, dont l’Histoire repose sur le mariage réussi des différences et la fusion des cultures, des religions et des ethnies sommes tout bonnement en train de renier notre ADN.

Mais comment un peuple qui méconnaît son Histoire et renie son identité peut-il espérer évoluer et grandir sereinement ?

Le futur se construit ensemble, et plutôt que de nous mettre, nous-mêmes, des bâtons dans les roues, il serait grand temps de cesser de juger les actes de son voisin (chose qui ne fait pas de nous un être meilleur), pour aborder ensemble des objectifs communs. Le jugement de l’autre, laissons cela à Dieu, car ne l’oublions pas, nous ne sommes que des êtres humains.

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