Miroir, ô beau miroir, dis-nous qu’on est les plus beaux !

Much loved… Je ne vous en parlerai pas plus en détail car, comme tout le monde, je ne l’ai pas vu et loin de moi l’envie de m’improviser critique de film non visionné. Toutefois, force est de constater que nombre de nos compatriotes semblent être tout à fait à l’aise dans cet exercice, pour le moins difficile, auxquels même les plus grands noms d’Hollywood n’osent s’essayer…

Une bonne dose de non-dits, beaucoup de tabous, une bonne couche d’hypocrisie et un zeste de schizophrénie… Le tout confronté à un vocabulaire vulgaire, des scènes aguicheuses de femmes qui vendent leur corps et, élément explosif, le Maroc pour trame de fond… Il n’en fallait pas plus pour mettre le feu aux poudres des réseaux sociaux et déclencher une polémique nationale qui est parvenue à franchir nos frontières, permettant à la presse occidentale de se délecter de ce beau spectacle au parfum de scandale.

Jusque-là tout va bien, après tout, tout le monde a le droit de donner son avis, non ? Qu’on ait vu le film ou pas d’ailleurs. C’est notre droit ! Car oui, Messieurs Dames, l’article 25 de la Constitution nous garantit la liberté d’expression… Mais attendez voir un peu… Que dit-il déjà cet article 25 ? “Sont garanties les libertés de pensée, d’opinion et d’expression sous toutes ses formes. Sont garanties les libertés de création, de publication et d’exposition en matière littéraire et artistique et de recherche scientifique et technique.”

Avouons que c’est un peu tiré par les cheveux cette histoire. On abonde dans le sens des détracteurs en interdisant la projection dans les salles marocaines d’un film, mais on fait une légère entorse au passage à un article de loi, sous prétexte que l’image du Maroc aurait été écornée…

Mais quelle image essaie-t-on de donner du Maroc au final ? Celle d’une carte postale qui fleure bon le sable chaud, les dattes et la mer ? Un pays où tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Est-ce être un vrai patriote que de fermer les yeux sur ce qui cloche et se taire en détournant les yeux ? Est-ce vraiment ainsi que nous pensons que notre pays évoluera ? La prostitution existe bel et bien dans nos rues, ça n’est plus à prouver et ça n’émeut plus personne !

Ce sujet-là, nous le connaissons fort bien. Mais il est une manie typiquement bien de chez nous qui se résume en une maxime “on lave son linge sale en famille”, et une idée fixe, “que vont penser les gens ?”. Car, au vu des milliers de commentaires d’internautes réagissant à ce film, ce qui semble irriter le plus les Marocains, c’est bien le fait, qu’encore une fois, on va avoir une sale réputation à l’étranger. Les barraniyines vont se moquer, ironiser, prendre nos femmes pour des p… ou plutôt les conforter dans l’idée que ce sont bien des p…

Ce film, comme je vous le disais, je ne l’ai pas (encore) vu, mais ça ne saurait tarder grâce aux vendeurs illégaux de DVD qui n’ont de hors la loi que le nom. Une jeune femme de ma famille commentait dernièrement mon mur Facebook en déclarant : “C’est bien simple : les gens qui iront le voir en piratage sont les pervers, les gens qui adorent défier les règles du respect et de la dignité !”. Est-ce que je me reconnais dans cette description ? Non, assurément ! Et je rêve d’un jour prochain où nous apprendrons, nous les Marocains, à nous respecter dans nos différences, et à apprendre que, souvent, la critique est constructive.

Entre temps, il se dit que des menaces de mort pèsent sur l’équipe du film et certains abondent dans ce sens en lançant des “c’est bien fait pour eux !”, “ils méritent d’être égorgés”… Des personnes qui font peut-être partie de celles qui ont applaudi “Ali Zaoua” ou “Les chevaux de Dieu”, réalisés par un vrai marocain, mais qui ont détesté “Much loved”, réalisé par le fils d’une juive, un sioniste ! Quelle belle image du Maroc !

Ce film aura au moins un mérite, celui de nous mettre devant nos propres contradictions. Celles d’un ministère qui interdit un film aux dialogues vulgaires mais en autorise d’autres, celles de gens qui regardent des films pas très halal sur les chaînes satellitaires mais qui ont la conscience tranquille tant qu’ils le font en privé, celles d’un réalisateur marocain qui présente un film en avant-première à Cannes et pas dans son pays… Quel Maroc voulons-nous pour demain ? C’est la question qui se pose…

Publicités