Fatim Zahra Ammor, la femme qui fait briller le Maroc à Milan.

Dans le domaine des expositions universelles, les femmes aux postes de commissaires ne sont pas légion. Pourtant, cette année, cet univers masculin a été bousculé par l’arrivée d’une femme à la tête du pavillon marocain. Un tempérament fort, des idées à foison, un professionnalisme qui n’a plus à faire ses preuves… Fatim-Zahra Ammor s’est imposée très rapidement. Rencontre…

Le 23 mai, le Maroc célébrait sa journée nationale. Quelles ont été vos impressions sur le déroulement de cette journée pas comme les autres ?

A vrai dire, c’était une très belle journée, que nous appréhendions un peu dans un premier temps mais qui s’est très bien passée au final. Le fait est le « national day » du Maroc est le troisième à être célébré depuis le 1er mai, date d’ouverture de l’exposition universelle et être en début de liste n’est à vrai dire pas simple. Et pour cause, cela ne nous laisse que peu d’occasions d’observer l’organisation de cette journée nationale dans d’autres pavillons et de fait d’en tirer des enseignements. Nous avons donc été précurseurs et grâce aux observations faites avant cette journée, nous avons pu bousculer quelque peu les équipes organisatrices pour recadrer certaines choses. Au final, nous sommes très contents du résultat. Nous avons accueilli beaucoup de monde ce jour-là, à commencer par son Altesse Royale La Princesse Lalla Hasnaa ainsi que de nombreux ministres. Nous étions bien entendu très honorés de les recevoir.

Parlez-nous des animations mises en place dans le cadre de cette journée

Nous avons invités des artistes et des groupes de musique marocains à animer cette journée. La chanteuse Saida Charaf était de la partie ainsi que les Ahwach zagoura, ou encore les gnaouas breakers. L’idée était de représenter plusieurs variétés d’artistes afin de ne pas donner à voir uniquement le folklore mais aussi la scène moderne, afin de ne pas verser à nouveau dans le cliché. L’avantage de cette journée est que nous avons pu sortir de l’enceinte du pavillon. Ainsi l’ensemble des groupes était réparti sur le site de l’exposition afin que les visiteurs puissent avoir un aperçu du Maroc avant même de franchir les portes de son pavillon. Puis les journée s’est soldée par un très beau spectacle sur la scène aménagée à l’arrière du pavillon marocain.

Quelles sont les particularités du pavillon marocain ?

Pour en avoir vu plusieurs, je peux m’avancer à dire que nous racontons une belle histoire à travers notre scénographie et l’ensemble du projet. Il ne s’agit pas seulement d’une somme d’informations sur l’agriculture, c’est bien plus que cela ! En élaborant ce projet, nous avons d’abord veillé à coller techniquement avec la thématique de l’exposition universelle mais nous nous sommes aussi demandé ce que les gens retenaient concrètement du Maroc une fois qu’ils l’ont visité. Nous sommes arrivés à la conclusion qu’on ne retient pas forcément d’un voyage au Maroc des souvenirs de monuments mais davantage de sensations : les couleurs, les odeurs, la lumière… C’est précisément cela que nous avons voulu matérialiser avec un voyage qui raconte le Maroc et ses régions, à travers leur agriculture, leurs atmosphères et leurs produits.

Est-ce la première fois qu’une femme est désignée commissaire d’un pavillon marocain ?

A ma connaissance oui, du moins sur les 20 dernières années. Mais je ne pense pas qu’être un homme ou une femme à ce poste change grand-chose à vrai dire en terme de compétences.

Ressent-on toutefois une touche féminine dans ce pavillon ?

Oui effectivement, on me le dit souvent. Le fait d’être une femme à ce poste apporte peut-être une sensibilité esthétique plus marquée. D’après de nombreux visiteurs du pavillon marocain, on y ressentirait cette touche féminine.

C’est tout de même un message politique fort envoyé par le Maroc au monde que de désigner une femme à la tête de cet endroit emblématique du Maroc avec de surcroit un enjeu aussi fort que l’agriculture à représenter, ne trouvez-vous pas ?

Oui effectivement, cela n’est peut-être pas anodin et cela se remarque d’autant plus que très peu de femmes occupent les postes de commissaire dans les autres pavillons. C’est un univers très masculin en règle générale.

Comment concevez-vous ce rôle ?

C’est en quelque sorte un rôle d’ambassadeur car on endosse une responsabilité de taille en représentant un pavillon qui est la vitrine d’un pays et qui accueille pendant les six mois que durent l’exposition universelle, des millions de visiteurs. On se doit de donner le meilleur de nous-mêmes et de faire preuve de beaucoup de sincérité afin de traduire tous les efforts faits en matière d’agriculture tout en montrant une image moderne du pays. Nous nous sommes aussi fait un devoir de tourner le dos aux clichés que l’on retrouve systématiquement lors d’évènements à l’international où le Maroc est présent. Cette volonté est aussi visible d’un point de vue architectural. Ici pas de faste andalou, mais un bâtiment qui représente notre terroir et qui véhicule une image simple mais moderne

S’agissant justement de l’architecture du pavillon, vous êtes-vous aussi inspirés des greniers du sud marocain, qui représentent bien la thématique de l’expo ?

Oui effectivement, c’est tout à fait ça ! La construction du pavillon est à la fois écologique et biologique qui colle à la thématique. Dès le commencement de ce projet, nous avons réfléchi de manière simultanée au contenu et au contenant afin d’être parfaitement cohérents avec la thématique.

La femme marocaine occupe une place majeure dans l’agriculture. De quelle manière avez-vous représenté au sein du pavillon le rôle qu’elle occupe ?

Effectivement, ce sont les femmes qui portent le monde rural sur leurs épaules. Au cours de l’année de préparation qui a précédé l’ouverture de l’exposition universelle, nous avons visionné 16 vidéos en rapport avec l’agriculture au Maroc et figurez-vous que nous n’avons vu des hommes à l’œuvre que sur deux d’entre elles. Ca m’a beaucoup détonnée… La femme marocaine agricultrice est représentée sur des vidéos diffusées ainsi que sur des photos. Par ailleurs, les produits du terroir en vente dans le souk du pavillon sont les productions de femmes, de coopératives féminines et nous nous sommes faits un devoir de les valoriser au maximum

Le Maroc a souvent eu tendance à prendre exemple sur les mêmes pays, du fait d’un passé commun. Y a-t-il d’après vous, au sein de l’exposition, des modèles de pays dont nous devrions nous inspirer, du moins d’un point de vue agricole et environnemental.

A vrai dire, je n’ai pas essayé de nous comparer à des pays voisins d’un point de vue culturel tels que le Qatar ou l’Arabie Saoudite. J’ai jusqu’à ce jour visité de gros pavillons comme celui du Japon, des Etats-Unis, de la France pour établir un benchmark d’un point de vue scénographique. S’agissant du contenu de chaque pavillon, il est difficile de se comparer car chaque pays a une histoire qui lui est propre et traite donc la thématique de l’exposition à sa manière, selon un certain point de vue.

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