Moroccan dream

Asma Lamrabet, qui figure en couverture de ce numéro, mérite à nos yeux le statut de symbole, en ce qu’elle incarne la possibilité du changement, l’ouverture d’esprit, la tolérance ; autant de valeurs propres à l’islam et chères au Maroc. Mais au-delà de cela, elle qui refuse qu’on la catalogue “féministe islamiste” fait preuve d’un esprit militant rare, dans toute la noblesse de ce terme, en défiant une sphère religieuse pétrie de valeurs patriarcales. Son discours, sans être provocateur, appelle à la réflexion et à la critique car oui, notre religion nous permet la remise en question et l’ijtihad.

Aujourd’hui, le combat féministe a atteint un premier palier qu’il lui est difficilement possible de dépasser. Seule alternative: la réforme du texte religieux. Héritage, droit à l’avortement, libertés individuelles ou liberté de conscience… Autant de droits revendiqués par les uns et décriés par les autres, du fait qu’ils touchent au domaine du sacré, ou du moins à l’interprétation que l’on en a.

Car contrairement à ce que beaucoup d’hommes, mais aussi de femmes, pensent, les textes religieux sont sujets à plusieurs lectures. Libre à nous d’adhérer à l’une ou à l’autre, en fonction de notre sensibilité, de notre culture, de notre perception du monde et de notre conception de l’évolution, sans s’imposer de lignes rouges qui n’existent pas. Car si une femme telle qu’Asma Lamrabet peut aujourd’hui s’exprimer librement dans son pays et bousculer les pensées conservatrices sans être considérée comme une paria, c’est non seulement grâce à sa parfaite connaissance des textes religieux, mais aussi parce que le Maroc, terre de métissage, de diversité de cultures et de religions, est pleinement conscient de son histoire, de sa richesse et de la nécessité d’intégrer les différences pour se construire sainement. Plus que jamais, le Maroc apparaît donc comme une alternative, un pays qui nous invite à des lendemains meilleurs et qui représente aujourd’hui la terre de tous les possibles.

Certes, nous ne sommes pas encore le plus beau pays du monde, car beaucoup de choses doivent encore s’améliorer, mais contrairement à certains pays qui se revendiquent démocratiques, qui prônent des valeurs républicaines mais en oublient la tolérance au nom de la laïcité, le Maroc a compris que c’est dans la différence que l’on s’améliore.

“Échanger et partager ne veut pas dire se mettre d’accord, mais entendre justement nos différences. Ce qui veut dire aussi pouvoir se rapprocher et quand même pouvoir rester soi-même”, disait à juste titre le psychosociologue Jacques Salomé.

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