Résolution N°1 : légaliser l’avortement !

Il y a quelques semaines, l’émission “Envoyé spécial” diffusée sur France 2 consacrait un reportage aux avortements clandestins pratiqués au Maroc.

Un sujet bien connu des associations et de la presse féminine marocaine, et dont FDM s’est fait le porte-voix à travers de nombreux articles. Un sujet malheureusement méconnu du grand public marocain…

Un soir, alors que je dînais avec quelques amies, celles-ci abordèrent librement le sujet de l’avortement, en partageant leur expérience en la matière. L’une d’elles, mère de trois enfants et épouse respectable, nous confia alors avoir avorté d’un quatrième enfant, n’étant pas prête à remettre ça encore une fois, à quarante-cinq ans passés.

Toutes considérèrent cela comme tout à fait normal… Quelle ne fut pas leur surprise quand je leur annonçai que l’avortement était illégal sous nos cieux et que si d’aventure une interruption volontaire de grossesse s’ébruitait, la femme risquait la prison, tout comme son mari et son médecin. “Impossible” me dirent-elles en chœur, “tu affabules” !

Force est de constater que nous, les Marocaines, connaissons fort peu la législation de notre pays car admettons-le, une certaine aisance financière nous met à l’abri de pas mal de tracas. Le reportage de France 2 a donc fait l’effet d’une petite bombe sur les réseaux sociaux. Partagé à vitesse virale, le retentissement a été tel que le ministère de la Santé s’en est mêlé, dénonçant le fait que l’équipe de journalistes n’avait pas reçu d’autorisation de tournage pour filmer dans les locaux de la maternité des Orangers de Rabat, dirigée par le professeur Chafik Chraïbi, président de l’Association Marocaine de Lutte contre l’Avortement Clandestin.

Un coup de gueule somme toute illogique, l’équipe de tournage ayant filmé plus de deux semaines au grand jour dans la maternité en question, mais aussi dans un tribunal de Meknès et à Dar Al Hadith de Rabat… Des lieux auxquels on n’accède pas aisément quand on est journaliste, d’autant plus quand on arbore une caméra vissée à son épaule. Mais passons…

Les réactions des internautes sont quant à elles assez étonnantes… Certains se disent horrifiés face à cette découverte, d’autres se réjouissent que le sujet ait enfin dépassé nos frontières pour être révélé au grand jour, d’aucuns y vont de leurs solutions en pensant que faciliter les procédures d’adoption résoudrait le problème de l’avortement, et d’autres encore, crient au complot. Un internaute me reprocha ainsi d’avoir partagé le lien vers cette vidéo en me disant : “L’avortement est un problème que l’on rencontre dans beaucoup de pays.

Il faut que l’État fasse quelque chose. Mais quand même Zineb, le Maroc fait beaucoup de bonnes choses, vous ne trouvez pas ? (…) Vous ramenez des sujets de journalistes racistes qui éprouvent de la haine contre le Maroc.

Le Maroc bouge, le Maroc avance. Alors il faut arrêter de critiquer”… À mon sens, ce témoignage correspond à une réalité et est partagé par une majorité de concitoyens : parler de sujets qui fâchent revient à critiquer le Maroc…

Non… Dénoncer des fléaux qui plombent notre société ne veut pas dire que l’on n’aime pas son pays, car c’est bien l’indifférence, sous couvert de pseudo patriotisme, qui ne permet pas à certains changements positifs d’avoir lieu. Aujourd’hui, 600 à 800 femmes ont recours à un avortement clandestin. Et toutes ne sont pas de mauvaise vie, des Marie-couche-toi-là qui n’assument pas les conséquences de leur inconscience.

Certaines sont victimes de viol, d’autres d’inceste, d’autres encore sont des mères de famille à qui l’on annonce que ce fœtus qui pousse dans leur ventre est atteint de graves malformations et que ses chances de survie seront minimes après l’accouchement, ou tout simplement des femmes qui ne souhaitent pas être enceinte et qui aimeraient disposer de leur corps et de leur vie sans pour autant être jugées par tous…

Aujourd’hui, nombreux sont les pays arabo-musulmans à avoir légalisé l’avortement dans certains cas de figure, et figurez-vous que l’Iran et l’Arabie Saoudite en font partie… Car comme le rappelle si bien Moulay Ahmed Al Khamlichi, directeur de Dar Al Hadith à Rabat, interviewé dans le reportage de France 2, “rien dans le Coran n’interdit l’avortement, et rien ne l’autorise…” Autrement dit, chacun est libre de faire un choix en son âme et conscience. Alors, qu’attendons-nous ?.

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