#quisuisje ?

Il y a quelques semaines, le 7 janvier précisément, avaient lieu les attentats contre Charlie Hebdo, à Paris. Suite à cela s’en est suivie une vaste campagne de rebatisation générale, au cours de laquelle tout le monde a décidé de s’appeler Charlie, en réaction à l’odieux crime perpétré contre les journalistes de l’hebdomadaire satirique.

#jesuischarlie… un hashtag à la symbolique très forte… Tellement forte que le monde entier semble s’être demandé à ce moment précis, pendant ce flottement qui a duré quelques heures après le crime : “Et moi, qui suis-je ? Suis-je Charlie ? Mais si je ne suis pas Charlie, alors qui suis-je? Va-t-on m’accuser d’apologie du terrorisme si je ne me revendique pas comme tel ?”

Comment condamner un crime odieux, rendre hommage aux victimes et exprimer dans le même temps sa non-adhésion à la ligne éditoriale de ce journal ? Une question légitime, étant donné les réactions à chaud de certains journalistes politiques français décrétant qu’il fallait identifier ceux qui ne sont pas Charlie pour pouvoir “les traiter et les réintégrer”.

Beaucoup de musulmans ont vécu ce dilemme à travers le monde et certains ont donc choisi d’y remédier en déclarant #jesuisahmed, du nom d’une des victimes françaises d’origine algérienne et de confession musulmane (soyons précis sur les mots, c’est plus que jamais important), ou de manière plus large, #jesuismohammed, désignant par là le prophète… On relèvera dans ce dernier exemple l’incohérence fondamentale qu’il y a à critiquer avec virulence, et parfois violence, le fait de représenter l’image du prophète et dans le même temps, celui de se prendre pour lui… #jesuischarlie… un slogan qui a donc mis face à leurs propres contradictions beaucoup de personnes… et créé un gros malaise ! Car beaucoup de Charlie se sont vite empressés de revenir à leur prénom habituel dès lors qu’une nouvelle caricature du prophète est parue en couverture du journal. Mais passons…

Le monde entier s’est ensuite ému du sort de Raif Badawi, ce jeune blogueur saoudien condamné à 1.000 coups de fouet, 10 ans de prison et 300.000 dollars d’amende pour avoir osé ouvrir un débat sur la liberté religieuse en Arabie Saoudite. #jesuisraif est alors devenu le nouveau #jesuischarlie, car dans un cas comme dans l’autre, la victime prône la liberté, qu’elle soit d’expression ou de croyance.

Même syndrome au Maroc, où la chanteuse populaire Zina Daoudia a fait l’objet d’une plainte pour incitation à la débauche en raison de sa chanson, jugée vraiment trop subversive par un collectif de citoyens casablancais, “3tini saki bach n’maki”… Une référence élogieuse, paraît-il, à la prostitution que certaines Marocaines pratiquent avec des clients issus du Moyen-Orient. Ici encore, qu’on soit fan de Zina Daoudia ou pas, un mouvement de masse s’est empressé de se réunir sous le hashtag, vous l’aurez deviné, #jesuisdaoudia.

La liberté d’expression serait-elle donc devenue aussi précieuse aux yeux du monde entier, alors même qu’elle est bafouée chaque jour sans que personne ne s’en émeuve pour autant? Pendant ce temps-là, sous nos cieux, certains n’ont pas le temps de se poser des questions sur leur identité, trop embourbés qu’ils sont dans une misère sans nom. Victimes des inondations, et maintenant du froid, ce sont les Marocains de l’ombre, ceux au nom de qui on ne prend pas la parole…

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