Les nouvelles musulmanes

À l’heure où la religion musulmane est brandie comme étendard par des groupuscules extrémistes qui ne souffrent pas les différences, la question de la femme apparaît plus que jamais d’actualité. En zappant d’une chaîne étrangère à une autre, en faisant défiler son fil d’actualité Facebook, on découvre les visages de ces femmes venues d’ailleurs qui ont épousé l’islam et la cause de ceux qu’elles considèrent comme de braves guerriers.

Elles font le mur, à l’aube de leur adolescence, à peine âgées de 13 ans, non pas pour aller se trémousser en boîte, mais pour fuguer en Syrie ou en Irak. Certaines auraient une idée “presque romantique de la guerre et des guerriers”, explique Karim Pakzad de l’Institut Français des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), qui parle aussi “d’une fascination pour la décapitation (…), d’une aventure”. Un eldorado sanglant qui fait mouche par-delà nos frontières, car selon des chiffres publiés par le “Guardian” il y a quelques semaines, parmi les centaines de jeunes femmes ayant rejoint les contingents de l’armée de Daech pour défendre le califat ou épouser des combattants, 25 % sont françaises, tandis que 10 % sont anglaises.

Pendant ce temps-là, aux États-Unis et en Angleterre, le mouvement des “mipsterz” continue de faire fureur. Ces muslim hipsters qui clament haut et fort leur différence, leurs croyances, leur goût pour la musique et la mode en mixant voile religieux, lunettes rose bonbon, french irréprochable et talons hauts perchés sur un skateboard, font souffler un vent de fraîcheur et de renouveau sur l’islam au féminin… et contrebalancer l’image de ces jeunes filles prêtes à un sacrifice morbide au nom de fausses valeurs.

À travers ces deux modèles d’un nouveau genre, la femme musulmane, manipulée ou pas, est en train de faire la preuve de sa capacité à se renouveler, à s’adapter et de sa force insoupçonnée à briser les codes et à révolutionner les moeurs… Dans le bon ou le mauvais sens. Car il n’est pas question ici de faire l’apologie de ces jeunes femmes qui appellent au djihad sur fond de crise d’adolescence, mais de s’interroger sur les profondes mutations qu’est en train de vivre l’islam à travers ses femmes.

Alors que celles-ci, généralement exclue du champ religieux, ce domaine résolument masculin, n’avaient d’autre choix que de se réfugier dans le mysticisme pour établir leurs propres rapports avec Dieu, elles semblent bien décidées, aujourd’hui, dans les sociétés occidentales, à s’inventer une nouvelle place. Quant à nous, Femmes du Maroc, avons-nous dépassé ce stade de remise en question et de rébellion, ou nous apprêtons-nous à amorcer un tournant historique dans notre vie de femme musulmane ?

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