L’absolution par le mariage

Dernièrement, en Tunisie, Rached Ghannouchi, le chef du parti islamiste, en a surpris plus d’un et plus d’une en appelant les hommes à épouser des femmes divorcées, baptisées “blessées de guerre” dans leur pays.Ce défenseur de la cause des femmes d’un nouveau genre a en effet déclaré, à l’occasion de la fête nationale de la femme tunisienne, “nos filles divorcées méritent tout le respect (…). Aujourd’hui, 30, 35 et 40 ans, c’est jeune aussi”. Et d’appeler les femmes en question ou autres trentenaires toujours célibataires “à ne pas perdre espoir”…

Du jamais vu dans un pays arabo-musulman, d’autant plus quand ces propos sont tenus par un chef de parti islamiste,pourrait-on se dire… Mais ne nous y trompons pas. Sous couvert d’ouverture d’esprit, cette incitation apparente à davantage de tolérance de la part d’une société traditionnelle fait en fait la promotion du mariage comme seule alternative pour la femme.

Pour nous, les Marocaines, ces propos ne sont pas sans évoquer ceux de notre chef du gouvernement,également chef de parti islamiste, lequel regrettait que “les femmes ne trouvent même plus le temps de se marier,d’être mères ou d’éduquer leurs enfants”, et de s’interroger alors : “Pourquoi ne leur préservons-nous pas ce statut sacré que Dieu leur a donné ?”

À travers de tels discours, on continue de cultiver l’image d’une femme faible, en manque de repères sans un homme dans sa vie, et ayant pour seuls buts sur terre le mariage et la procréation. En brandissant la carte de l’égalité des sexes et la préservation de nos intérêts, ces dirigeants politiques ne font que renforcer la stigmatisation et l’ostracisme que subissent les femmes seules au sein de nos sociétés arabo-musulmanes.Alors que nous, les femmes, guettions à l’aube du printemps arabe l’espoir d’un changement positif, nous n’avons récolté jusqu’à présent que toujours plus d’injustices.

En Tunisie, en Égypte, en Irak…, les femmes arabes sont de plus en plus malmenées ou craignent même pour leur vie. Et sous d’autres cieux,en France notamment, pays dit de droits, elles se retrouvent stigmatisées en raison de leur appartenance religieuse quand elles osent aller à la plage vêtues d’un voile ; ou vont jusqu’à se faire arracher ce même voile par des politiques, comme c’est arrivé en Belgique récemment.L’islam est devenu, aux yeux des médias et des pays occidentaux, une religion misogyne par excellence,à notre grand regret, et la femme est la première à en subir les conséquences.

Notre seule solution est de continuer à nous battre,pour changer les lois et les mentalités, pleinement conscientes que si nous ne bénéficierons peut-être pas aujourd’hui d’une éclaircie, c’est pour nos filles et les générations futures que nous avons le devoir de ne pas baisser les bras.

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