Working mum et… al hamdoulillah

Par les temps qui courent, être une femme libérée, émancipée et active relève du parcours du combattant. En plus de devoir essuyer, chaque jour que Dieu fait, des commentaires désobligeants sur notre présence insuffisante à la maison pour veiller au bien-être de tous, encore faut-il se motiver 365 jours par an pour affronter nos journées marathoniennes.

Premières levées et dernières couchées, 12 heures ne suffisent plus pour tout faire et nous, la semaine des 35 heures, ça nous fait rêver. Que nous propose-t-on aujourd’hui pour alléger notre fardeau de plus en plus lourd à porter ? Rester chez soi… Après des siècles et des siècles d’évolution et d’avancées, on devrait donc retourner à la case départ et se contenter de notre job de mère, faire des enfants et veiller à leur confort. Ah oui, n’oublions pas aussi le papa, cet homme qui travaille et qui de fait, devrait être dispensé de toute autre corvée.

Monsieur le chef du gouvernement l’a bien dit, ne mélangeons pas tout. Une femme et un homme, ce n’est pas pareil, et il serait hors de question, selon lui, de partager les tâches, en envisageant par exemple un congé paternité. À nous, donc, les bains, les couches, les biberons de nuit, les poussées de fièvre, la course infernale maison-école-boulot-école-boulot-maison avec deux escales au passage chez le pédiatre et au supermarché.

Et ne rouspétons surtout pas contre cet emploi du temps surchargé, car nous sommes alors accusées de nous plaindre sans cesse. Car oui, après tout, qui nous force à accomplir tout ça ? Et pourquoi donc nous donnons nous autant de mal ? Sommes-nous à ce point masochistes ? On pourrait faire ce que nous suggère monsieur le chef du gouvernement : rester chez nous. Mais nous sommes des femmes de notre temps. Des femmes prêtes à se retrousser les manches pour aider leur mari à faire bouillir la marmite, car l’égalité des sexes, ça commence chez soi.

Il se fait aussi qu’on a eu la chance de faire des études et par respect pour nos parents, qui se sont saignés pour nous payer les meilleures écoles, on a envie d’en tirer profit. Sans compter qu’aujourd’hui, pour se loger dignement et faire bénéficier à nos enfants d’un enseignement de qualité, il faut passer à la caisse. Et la question de l’éducation est ici cruciale… Monsieur le chef du gouvernement nous parle de ces pauvres enfants qui rentrent chez eux le soir, dans l’obscurité, avec une maman aux abonnés absents. D’après lui, cette femme au foyer serait la garantie d’une bonne éducation et d’un avenir assuré. On aurait préféré entendre que le système éducatif allait bénéficier d’un grand remaniement, que les manuels scolaires allaient être revus, que les profs allaient faire l’objet d’une meilleure formation… Bref, on aurait aimé avoir droit à un vrai programme politique, à une feuille de route solide et non à un discours populiste visant à amuser les foules.

Si l’on suit cette logique imparable, les prisons seraient donc remplies d’hommes sans mère, devenus criminels du fait d’une génitrice qui n’était pas au foyer, ou pas suffisamment ? Que dire des enfants de couples divorcés ? Ceux-ci sont-ils condamnés à être déséquilibrés et sans avenir ? Et surtout, ne parlons pas des orphelins, des cas sociaux voués assurément à l’échec. Mais au fait, que fait aussi monsieur le chef du gouvernement des femmes célibataires, celles qui ne veulent pas du mariage, qui n’ont d’autre ambition que leur bien-être et leur boulot. Des égoïstes mécréantes ?

Admettons-le une bonne fois pour toute, cet homme avec qui nous vivons, à moins d’être né avec une cuillère en or dans la bouche, aurait bien du mal à assumer toute une famille tout seul. Nous ne vivons pas dans un pays d’assistés sociaux, contrairement à d’autres. Ici, dans notre beau royaume, nous livrons une bataille sans merci pour assurer nos arrières et nous mettre à l’abri. Et nos hommes, plutôt que de faire de notre vie active une question d’égo, devraient plutôt s’estimer heureux que leur femme soit prête à leur prêter main forte. Des mamans, oui nous le sommes, etsi certains doutent de nos qualités de bonnes mères, nos enfants, eux, ne portent pas de jugements injustes sur nous.

Cette couverture et cette prise de position du magazine n’est pas une fin en soi. La rédaction de FDM et toutes les femmes marocaines attendent l’organisation d’un vrai débat sur la place publique puisqu’au fond, ce dont il est question, c’est d’un conflit d’idéaux entre soi-disant “conservateurs” et soi-disant “modernistes”. Quant à nous, à FDM, nous sommes tout simplement des marocaines qui revendiquent leurs droits au même titre que n’importe quel autre être humain.

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