Pour le meilleur et pour le pire

La saison des mariages est ouverte ! Dans les starting-blocks, les futures épouses sont toutes à l’organisation du plus beau jour de leur vie. “Quel caftan choisir ? À quelle couturière faire confiance ? Et ce traiteur, va-t-il vraiment bluffer mes invités ? Reste encore le plan de table à faire… Et mon épilation, je la fais à quel moment au fait ?”Que d’interrogations qui en viennent à nous faire oublier le romantisme supposé de ce jour.

Pas le temps non plus de se poser trop de questions sur cette vie à deux qui s’annonce, ou de penser à faire machine arrière au cas où on serait prise d’un gros doute. Cardans notre réalité marocaine, on n’entendra jamais résonner dans la salle l’imparable “si quelqu’un s’oppose à cette union, qu’il parle maintenant ou se taise à jamais!” Chez nous, on ne tire pas la queue du diable en se posant ce genre de questions. Car si on fait partie des chanceuses qui ont trouvé un prétendant, de surcroît fortuné, on s’y accroche comme à une bouée de sauvetage et on ne le lâche plus.

Car un mari, c’est le ticket de sortie de la cellule familiale,une issue de secours vers la liberté (du moins on l’espère). Se marier, c’est plus qu’un simple acte d’amour et d’ailleurs, dans beaucoup de cas, l’amour n’a rien à voir là-dedans. Le mariage, c’est un passeport pour entrer dans le monde des femmes respectables. À nous la belle vie ! Les sorties avec notre homme sans contrôle de police intempestif (“Chkat jik ?” “Bent 3ami”), les voyages en toute liberté, et dans la même chambre s’il vous plaît… Car maintenant, on est en possession du précieux sésame pour la liberté : l’acte de mariage. Surtout bien penser à ne jamais s’en départir car il est encore certains endroits au Maroc où on vous le demande,quand bien même vous trimballez avec vous votre progéniture et que votre nom d’épouse figure sur votre CIN. Et oui, on n’est jamais trop prudent ! Ce gosse, on a très bien pu le louer pour la nuit, et cette carte d’identité est peut être trafiquée… Qui sait jusqu’où on serait prêtes à aller pour prendre du bon temps l’espace d’une nuit ?

Mais le mariage n’est pas une fin en soi, car une fois mariés, combien de couples divorcent-ils au bout de quelques mois ? La corde au cou, on a connu ça avec nos parents, on ne va pas en plus subir toute notre vie. Et s’il n’y a pas moyen de se mettre d’accord à coups de concessions,qu’à cela ne tienne, on n’a qu’à divorcer. Car après tout, il vaut mieux avoir été mariée quelques mois plutôt que pas du tout. Au moins, maintenant, plus besoin de protéger sa petite fleur. Sexuellement libérée de ce fardeau, débarrassée de cette pureté qu’on porte comme un sacerdos, on va enfin pouvoir explorer de nouveaux territoires. Normal, quelque part, comme scenario pour un couple qui s’unit pour toujours sans jamais avoir pu vivre ensemble dans la légalité, histoire de tester cette vie à deux et voir si compatibilité il y a.Alors non, définitivement, le mariage n’est pas seulement une question d’amour… C’est une fenêtre vers plus d’émancipation pour la femme, au grand dam des maris

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