L’origine du monde

Parce que nous, les femmes, ne comptons pas pour des prunes, l’ONU nous a dédié une journée internationale, célébrée dans le monde entier à coups de roses, de chocolats et de réductions sur les tarifs… Le 8 mars. Toutefois, il convient de rendre à César ce qui est à César en rappelant à celles et ceux qui voudraient l’oublier que cette journée, nous la devons à Lenine qui, le 8 mars 1921, a décidé de rendre hommage aux femmes, qui ont été les premières à manifester à Petrograd lors du déclenchement de la révolution russe. Ce n’est qu’en 1977 que les Nations unies lui emboîteront le pas.

Une journée sur 364 autres rien que pour nous… Une date à cheval entre la journée internationale de la vie sauvage et la journée mondiale de la plomberie. Après tout, c’est mieux que rien, non ? Ça aurait pu être pire… Entre la journée mondiale du lait concentré sucré en berlingot et celle de la rage, par exemple.

Mais bon, on ne choisit pas ces choses-là. On peut déjà s’estimer heureuses de cette consécration alors que les hommes, eux, n’ont eu droit à cet honneur que bien plus tard, en 1999 ! Leur journée tombe le 19 novembre, et elle n’est même pas reconnue par l’ONU. Pour info, elle a été inaugurée à Trinité et Tobago, un endroit qu’il faut “googler” pour le géolocaliser. Chaque année, donc, les hommes du coin profitent de l’occasion pour mettre en évidence leur discrimination dans les domaines de la santé, du droit de la famille, de l’éducation, des médias… Et pour célébrer leurs contributions positives et leurs réalisations au sein de la société. On se sent donc moins seules dans ce grand calendrier mondial. Au moins, depuis que l’homme a aussi sa journée à lui peut-on parler d’égalité des sexes, quoique l’ONU devrait quand même officialiser la chose… Soyons fair-play !

Car pour la peine, on se sentait presque reléguées au rang de minorité qui peine à faire entendre sa voix et ses droits. Mais il faut bien l’admettre, nous le sommes devenu…

Et pour cause, les infanticides de petites filles et autres gynécides perprétrés grâce aux avancées de la science ont fini par venir à bout de notre domination sur le monde. Sans compter que la lutte des femmes pour leurs droits est loin d’être finie. Au contraire, elle reprend de plus belle, surtout depuis que le printemps arabe nous a laissé sur le carreau avec un désagréable arrière-goût de déception.

Il est loin le temps des sociétés matriarcales, des souveraines éclairées, des femmes divinisées et de Gustave Courbet qui voyait en nous l’origine du monde… Aujourd’hui, au nom d’une mentalité patriarcale exacerbée, d’un conservatisme machiste et de concepts religieux fumeux, on nous interdit de disposer de nous-mêmes. Une nouvelle génération de femmes devra se battre, elle aussi, pour défendre son droit à l’avortement, à hériter au même titre que ses frères, à ne pas se marier avant sa majorité… Une journée par an suffira-t-elle à venir à bout de tant d’injustices ? Bien sûr que non, car dès le 9 mars, le monde entier souffrira d’Alzheimer à moins que les Femen, les Ni Putes ni Soumises, les Chiennes de Garde ou autres sluts de la SlutWalk ne parviennent à capter son attention à coups de seins dénudés et de slogans tout sauf halal.

Ultime consolation purement égoïste : les scientifiques considèrent notre diminution en nombre sur terre comme une catastrophe démographique, l’équivalent en termes de gravité au réchauffement climatique. C’est dire à quel point on les mérite, ces roses et ces bons de réduction pour une séance de massage au spa.

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