L’honneur à tout prix

Un 14 février au Maroc…Pour certaines d’entre nous, une occasion de célébrer l’amour naissant ou de raviver une flamme sur le déclin. Pour d’autres, victimes d’un “détournement de mineur”, 2014 est le début d’une nouvelle vie. Une vie où elles ne risquent plus d’être prisonnières d’un quotidien avec, en guise de “Valentin”, leur bourreau. Le mois dernier, c’est un pas de géant qu’a franchi le plus beau pays du monde en amendant l’alinéa 2 de l’article 475 du Code pénal, coiffant au poteau la Jordanie, l’Ethiopie, le Liban, le Costa Rica, la Tunisie, le Pérou ou encore l’Uruguay où des équivalents de cette loi sont encore appliqués. Justice a enfin été faite, du moins en partie…

Car une chose nous échappe. Comment peut-on punir de prison un détournement de mineur sans violence, dans le cas où le mariage n’est pas accepté ; et dans le même temps, autoriser celui de jeunes filles tout juste nubiles en le soumettant à l’appréciation d’un juge ? Au passage, depuis 2009, nous sommes passés de 33.253 unions de ce type à 39.000 en 2011…

Mais revenons au sujet du jour,le viol, dont il n’est en fait pas question dans cette grande avancée juridique. Car dans le Code pénal, il est cité dans l’article 486 – et non 475 – qui le définit comme “l’acte par lequel un homme a des relations sexuelles avec une femme contre le gré de celle-ci”. Or, en dépit de l’amalgame fait couramment, détournement de mineur ne veut pas dire viol.

Notre société est aujourd’hui confrontée à ses propres incohérences. Car tant que les relations sexuelles “consenties” hors mariage seront interdites et passibles d’un mois à un an de prison, il y aura encore des fausses victimes qui crient au viol,quand elles sont prises la main dans le sac, pour ne pas risquer la détention. Il y aura encore de vraies victimes qui préfèrent se taire, de peur d’être soupçonnées d’avoir été consentantes. Et il y aura aussi encore des hommes innocents – car il y en a – qui seront accusés de viol.

Et dès lors que l’article 475 n’offre plus la possibilité de mariages arrangés, on ne pourra plus non plus maquiller une relation illégitime consentante en détournement de mineur pour forcer la main des familles réticentes… Car au Maroc comme ailleurs, les Roméo et Juliette prêts à braver les interdits existent aussi, quitte à bousculer l’ordre public pour s’aimer.

Alors, la question à un million : combien de temps encore cette comédie durera-t-elle? En attendant une réponse, il n’est pas interdit de rêver. Car le Maroc est tout de même sur la bonne voie ; et pour entrer dans la cour des grands, chose à laquelle il aspire, il faudra en passer par le respect et la protection des femmes.

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