Maroc’ n Roll by Robert Merloz

Dans les années 90, Robert Merloz était le protégé d’Yves Saint Laurent. A ce jeune styliste en herbe, le grand créateur n’hésite pas à confier la collection de fourrures de la maison YSL. Désigné par le monde de la mode comme le successeur d’Yves Saint Laurent à la tête de la maison de Haute couture, Robert Merloz préfère pourtant voler de ses propres ailes en créant sa propre marque. Aujourd’hui, installé à Marrakech, il me reçoit dans son petit atelier, en plein cœur du quartier Gueliz, pour me présenter, entre autres, sa collection d’accessoires inspiré de la culture populaire marocaine, Maroc’ n Roll…

Comment avez-vous découvert le Maroc et pourquoi avoir décidé de vous y établir?

J’ai découvert le Maroc il y a très longtemps et je suis tombé sous le charme de ce pays. Après avoir fait un périple de quelques années à travers le monde, et notamment au Brésil et à Madagascar, j’ai décidé de m’établir à Marrakech, il y a un an et demi.

Ce qui me passionne ce sont les artisans et ce qui me tient à cœur c’est de pouvoir avoir un rapport direct avec eux., comme c’est le cas au Maroc.

Marrakech est une ville très inspirante et pour ma part, je suis beaucoup plus interpellé par le côté rustique, le beldi que par l’univers des palais. J’aime l’art de vivre qu’on retrouve dans les campagnes marocaines, la gentillesse et la douceur des marocains… C’est pour toutes ces raisons que je suis resté au Maroc.

Parlez-nous de votre collection Maroc’n’Roll. Comment l’idée de lancer cette ligne d’accessoires vous est-elle venue ?

En m’installant au Maroc, j’ai rapidement commencé à travailler avec des brodeuses dans un petit atelier à Mahmid. C’est très naturellement que je suis allé vers une inspiration très populaire, pas du tout sophistiquée. Pour résumer, je suis plus proche de l’art berbère, de leur façon de vivre dans les montagnes, de leur manière de tisser les tapis, leurs mélanges de matières brutes… je trouve ça très beau. Mon travail aujourd’hui, c’est le mélange des artisanats, la broderie avec le cuir, avec des clous, j’aime tout ce mélange.

Mais il y a aussi l’influence de mon passé, mon histoire, ma culture très européenne… J’ai travaillé chez YSL, un maître absolu de la mode, lui-même très inspiré du Maroc et mon attrait pour ce pays n’est donc pas un hasard. Très souvent, je pense à Mr Saint Laurent en me promenant dans la rue. Je vois des choses qu’il a peut être vu, je pense à des choses auxquelles il a peut être pensé et c’est très émouvant… Je pense souvent à lui.

Comment êtes vous tombé dans l’univers de la mode ?

J’étais très jeune et à vrai dire je ne me suis pas posé de questions. Travailler dans la mode me paraissait quelque chose d’évident. J’ai fais une école et j’ai eu la chance d’y rencontrer Mr Bergé qui m’a proposé un stage chez Saint Laurent. Je ne rêvais que d’une chose, travailler dans cette maison et nulle part ailleurs… Je suis quelque d’absolu, de façon très naïve d’ailleurs. Les choses se sont bien passées et j’y suis resté longtemps. C’est à cette période de ma vie que j’ai découvert le Maroc, à travers les créations de Mr Saint Laruent, dont l’inspiration a été nourrie par ce pays.

Qu’avez-vous ressenti lorsque Yves Saint Laurent vous confie la ligne de fourrures de la maison de haute couture?

J’étais très intimidé. J’avais une telle admiration pour cet homme, que je voulais que ce soit bien, que ça lui plaise. J’ai ressenti un grand bonheur mêlé d’anxiété.

Vous avez longtemps été désigné comme le successeur d’Yves Saint Laurent à la tête de la maison de couture. Comment l’avez-vous vécu ?

A l’époque, j’étais très jeune et je n’en étais absolument pas conscient. J’en ai même beaucoup souffert. C’était tellement énorme ce challenge que les gens me mettaient sur le dos. Moi je ne pensais pas du tout à ça et je n’ai jamais fait une comparaison.

Dans l’univers de la haute couture, vous avez souvent pris le parti du prêt à porter…

J’ai découvert avec la haute couture un travail d’une grande précision, de qualité, une façon de travailler extraordinaire en comparaison au prêt à porter. Chez YSL, le prêt à porter était très sophistiqué, mais la haute couture encore plus. C’est dans cet univers que j’ai découvert le travail des ateliers et parfois, toute proportion gardée, avec les artisanes avec qui je travaille ici, je ressens ces choses que j’ai ressenti chez YSL.

Que préférez dans la mode?

J’ai pris beaucoup de recul depuis que j’ai quitté Paris. Aujourd’hui, ce qui m’intéresse le plus, c’est de faire des accessoires avec Maroc’ n Roll de façon très légère et sans prétention aucune. Ce que j’aime dans la mode, c’est de m’habiller le matin en me racontant des histoires et ça c’est possible grâce à un accessoire, à un sac par exemple. Il ne s’agit pas d’avoir des accessoires pour afficher une marque ou pour imiter quelqu’un… Dans mes accessoires, ce qui prime c’est le côté ludique, joli et amusant. Mais pas de sérieux, surtout pas.

Qu’est-ce qui vous inspire le plus chez une femme?

Que ce soit chez les femmes ou les hommes, ce qui m’inspire le plus, c’est l’attitude essentiellement, davantage que le physique, et c’est aussi une façon de vivre. Il y a des femmes que je croise dans la rue qui sont très inspirantes sans même le savoir et pour des raisons tellement diverses. La façon dont elles ont noué leur foulard, dont elles marchent, sont elles parlent… des traits, des caractères une attitude…C’est très important.

Vous qui revisitez le patrimoine culturel marocain, pensez vous qu’il soit exploité à sa juste valeur ?

Ce qui me touche beaucoup au Maroc n’est pas forcément ce qui y est mis en valeur. On a souvent une image du Maroc assez linéaire alors qu’il y a plein d’autres choses à voir. A la campagne, je trouve les gens d’une grande inspiration, d’une vérité formidable, due à leur condition sociale, à la façon dont ils vivent…. Cette inspiration survient essentiellement, loin des fastes et des dorures. La médina, les souks, les palais, c’est bien, mais il y a d’autres choses.

Le caftan vous inspire-t-il ?

Ce n’est pas du tout un vêtement qui me parle et je n’aime pas du tout l’attitude des femmes en caftan. J’aime la liberté et le caftan ne l’offre absolument pas. L’attitude des femmes en caftan est figée, décorée… Moi j’aime les femmes pour ce qu’elles sont, libres. Le caftan est un habit d’apparat et ça je n’aime pas du tout.

Je suis beaucoup plus inspiré par les femmes qui ont noué un châle fleuri sur leur tête, avec une blouse à carreau, un grand jupon, des chaussettes à petites fleurs dans les babouches… J’aime la spontanéité qu’on trouve chez les populations plus démunies et plus simples. Il y a beaucoup de poésie dans la culture populaire, que ce soit au Maroc ou ailleurs.

C’est bien plus mystérieux et c’est ça qui est beau dans la mode, le mystère.

Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous tient particulièrement à cœur ?

L’association FCM, Fondation cœur Maghrébin, créée il y a plus d’un an et dont je fais partie.

J’y ai rencontré la femme emblématique du Maroc, Malika. Je pense à elle tous les jours, même si je la vois 1 fois par mois. Elle est pour moi la représentation de la femme marocaine. Elle habite dans un petit village à la campagne où elle s’occupe d’un atelier de brodeuses, d’une façon tellement généreuse et simple. Grâce à cette association, l’atelier de broderie a pu prendre de l’ampleur et aujourd’hui les créations de ces femmes s’exportent même en dehors du Maroc. Quant à moi, je m’occupe du stylisme, je leur ramène de nouveaux tissus et leur propose de nouvelles broderies. Grâce à ce travail, elles sortent de chez elles, ont une vie sociale, partagent des choses entre et elles sont payées pour leur savoir faire

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