Pierre Bergé, l’amoureux du Caftan marocain

Homme d’affaires, de mode, de culture et d’art… Pierre Bergé c’est un peu tout cela en même temps. C’est attablés autour d’un thé au café du Jardin Majorelle, à Marrakech, que le compagnon de vie d’Yves Saint Laurent nous parle de sa collection de caftans, l’une des plus importantes au monde…

Vous avez l’une des collections les plus importantes de caftans au monde. Comment vous est venue cette passion ?

Je ne peux pas dire que j’ai une passion pour le caftan, il aurait plutôt fallu poser la question à Yves Saint Laurent. Moi, j’ai épousé sa passion pour le caftan, ce n’est pas tout à fait la même chose… Mais comme je suis collectionneur, je suis très heureux d’avoir cette collection.

Combien de pièces compte-t-elle ?

Une centaine. La collection a fait l’objet d’une très belle exposition à Paris, laquelle a eu un très grand succès.

Que représente pour vous le caftan ?

C’est un vêtement emblématique de la femme et de l’homme arabe. Je regrette beaucoup que le caftan soit passé de mode au Maroc, ce pays où je vis depuis 45 ans. Mais comme je suis pour l’émancipation la plus grande des gens, et des femmes surtout, je peux comprendre qu’elles aient renoncé au caftan pour des vêtements occidentaux. Cela dit je ne crois pas que l’habit fasse le moine… ce qui veux dire qu’on pouvait conserver le caftan en s’émancipant de la même manière, mais bon, ça c’est encore une autre question…Il faut faire abstraction probablement de ses choix esthétiques et de ses goûts parce que ce qui est le plus important au Maroc, ce n’est pas le caftan, ce n’est pas que les femmes soient habillées d’une manière ou d’une autre, ce qui est important au Maroc, c’est l’évolution de ce pays, son évolution politique.

Pensez-vous qu’un jour vous dévoilerez votre collection au public marocain ?

Bien sur, je ne demande que ça ! Pour l’instant je suis un peu gêné aux entournures parce que je n’ai pas de lieu pour l’installer de manière permanente, et dans des conditions idéales. J’ai donc trouvé plus intéressant de faire ce musée berbère.

Et puis vous le savez très bien, si on ouvre un musée du caftan, par obligation, par définition, on l’enrichit. Chose que je ne fais pas beaucoup maintenant, car je suis plus penché sur l’enrichissement du musée berbère.

Que pensez vous de la mode marocaine, de la création contemporaine ?

Je n’en sais rien… mais je suis un peu désarçonné par la mode contemporaine qu’elle soit marocaine, française, américaine ou italienne. Je vais vous dire quelque chose…. J’ai créé la maison YSL, je l’ai dirigée jusqu’à la mort d’YSL, puis jusqu’à sa fermeture, et j’ai retenu une leçon. A cette leçon, j’ai toujours été fidèle : un vêtement c’est fait pour être porté ! Ca n’ai pas fait pour faire des photos, ça n’est pas fait pour plaire à la presse, ça n’ai pas fait pour habiller ses propres fantasmes, c’est fait pour être porté ! Rien qu’en disant cela, il y a beaucoup de vêtements contemporains qui disparaissent. Mais, ne soyons pas négatifs… Il est important qu’il y ait des créateurs de mode…

Y en a-t-il un parmi d’autres qui retienne votre attention ?

Je n’en connais pas assez… Je dirai qu’un créateur de mode marocain contemporain devrait ne pas se couper de ses racines et devrait chercher dans ses racines culturelles de quoi créer la mode d’aujourd’hui. Ca je le crois profondément. Je crois qu’il faut se servir et réinterpréter les caftans, le seroual, toutes les passementeries, que Saint Laurent a tellement, et tellement utilisées… L’influence du Maroc sur Saint Laurent est considérable.

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