Les femmes, la révolution et l’islamisme : le point de vue de Mouna Hachim

Ces derniers temps, nous avons tous assisté à la montée des islamistes au pouvoir, ou du moins au-devant de la scène politique, sur fond de printemps arabe… Journaliste et écrivain, Mouna Hachim nous apporte son analyse sur les derniers évènements qui ont agité la scène politique arabe.

 

Que pensez-vous de la montée en puissance des islamistes en Tunisie ?

Je pense que les Tunisiens ont voté selon les règles de l’art, la participation a été massive dépassant les 90% dans de nombreux bureaux de vote, les observateurs internationaux n’ont apparemment rien relevé d’anormal, le mouvement Ennahda s’es engagé quant à lui à respecter les droits civiques… De ce fait, je salue cette expérience démocratique post-révolution. Il est incompréhensible de voir une certaine levée de boucliers à l’issue du scrutin qui a vu l’arrivée en tête, largement prévisible de ce parti islamiste avec 41,7% de voix. Ce que cela m’inspire, c’est cette réflexion: soit on est démocrate soit on ne l’est pas. La démocratie ne saurait être à géométrie variable selon que les résultats soient en phase ou pas avec nos propres aspirations et orientations au mépris de la voix de la majorité.

Que vous inspirent les propos de Mustapha Abdel Jalil, à la tête du CNT en Libye, s’agissant de la Charia ?

Quand on voit ce qu’on fait de l’application et de l’interprétation de Charia (à la base un mot neutre, signifiant loi islamique, devenu chargé de tous les maux), quand on voit la violence (je dirais même la barbarie !) qui a accompagné la chute du dictateur libyen, quand on sait que le CNT n’est pas démocratiquement élu par la population et qu’il remercie-là son aile islamiste qui a contribué aux combats, là il y a de quoi s’inquiéter et se poser des questions d’autant que les mêmes (au sein d’une certaine intelligentsia) qui ont stigmatisé les islamistes d’Ennahda essaient de minimiser l’impact des déclarations du chef du CNT et cette prise de décision unilatérale

Le Printemps arabe, qu’en pensez-vous aujourd’hui au vu de la situation politique et sociale de l’Egypte, la Syrie, la Tunisie et la Libye ?

C’est un long printemps qui n’a pas fini son cycle et dont une seule hirondelle ne peut établir l’installation. Il s’est passé quelque chose d’extraordinaire dans ces soulèvements populaires mais il ne suffit pas de faire tomber un dictateur pour proclamer la fin de la dictature ni garantir la libération de toutes les mainmises et de toutes les tentatives de récupération.

Le Maroc continue-t-il d’être une exception parmi ces pays ou le scénario politique de l’un de ces pays pourrait-il se reproduire ici ?

Chaque pays a ses spécificités politiques, historiques, culturelles… Au Maroc, le vent de la contestation est représenté par le Mouvement du 20 février qui a permis de secouer le cocotier et d’accélérer les réformes. La réponse du pouvoir a été diligente et marquante comparativement avec d’autres régimes atteints de totale surdité. Maintenant, il faut que chacun de nous assume ses responsabilités, nous en tant que citoyens, ainsi évidement que toute la classe politique qui doit effectuer une sérieuse remise en question pour le bien de ce pays qui est le nôtre.

Les femmes, au cœur de la révolution arabe, ne sont-elles pas aujourd’hui les grandes perdantes ?

On a bien vu le rôle des femmes dans ces révolutions aux côtés des hommes dont elles partagent équitablement l’oppression et le combat. Rien n’indique clairement aujourd’hui que les femmes y sont perdantes mais il faut rester vigilant eu égard à ce qui se passe notamment en Libye.

Allez-vous voter aux élections législatives ? Pour qui et pourquoi ?

Evidemment que je vote. Je considère que c’est un droit et un devoir qui pourrait un jour devenir obligatoire comme dans certaines démocraties occidentales. Il m’est déjà arrivé de voter blanc, en sachant que ce n’est pas comptabilisé, pour exprimer le fait que je sois venue mais que personne ne m’a convaincu. C’est ma voix, quelque soit sa portée, je l’exprime en mon âme et conscience.

A quoi s’attendre si le PJD remporte les élections au Maroc ?

Difficile pour moi de faire un pronostic…

Cela vous fait il peur ? et si oui, que craignez-vous ?

Ces questions sont valables pour tous les partis. Je n’ai aucune raison particulière de faire un procès d’intention au PJD ni d’avoir plus peur que de l’avènement d’un autre parti dont un de ceux qui traînent quelques casseroles à leur actif. Si c’est le référentiel religieux qui interpelle, on peut rappeler l’existence en Europe de partis démocrates chrétiens et se demander ensemble : pourquoi les pays musulmans, riches de leurs particularismes, ne peuvent-ils se baser sur des référentiels religieux dans leur Constitution et assister à l’émergence de partis dits islamistes, sans être inlassablement présentés comme archaïques?

 

 

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